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 [Scenarisation] Un personnage manipulateur (mais c'est le héros)

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Le Renard Rouge
   
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Le Renard Rouge  /  Tapage au bout de la nuit


Bonjour à tous,

J'aimerais avoir des points de vue extérieurs sur un problème de scenarisation.

Je suis en train de bosser sur un projet où mon personnage principale est un manipulateur. Jusqu'à là OK... Sauf que quand je parle de manipulateur, c'est pas le gentil personnage qui ne manipule que ses ennemis mais aussi la raclure qui manipule ses propres amis / sa famille.

Ma question est, comment ne pas le faire passer pour quelqu'un de trop désagréable aux yeux du lecteur ? Sachant que je ne compte pas m'appuyer sur une blessure dans l'enfance pour justifier tout ça ^^
 
EPhoenix
   
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EPhoenix  /  Homme invisible


Des personnages principaux tel que tu décrit fonctionnent mais il faut aussi leur donner un attrait positif. Généralement, l'humour offre un bon équilibre, un humour noir, cynique, racord avec la personnalité du bonhomme. Ainsi, même si c'est un bel enfoiré, l'humour lui attirera la sympathie des lecteurs. Ce peut être aussi en ajoutant une amitié totalement décalée, par exemple il croise dans son Immeuble un gamin qui a du mal à s'affirmer, et il va l'aider à prendre plus de caractère, quitte à lui apprendre à devenir comme lui, ce qui peut mener à des scènes tantôt drôles, tantôt pleine d'une morale à laquelle il ne s'attend pas. Cette amitié, contrairement aux autres personnes qu'il côtoie, il ne la mettra pas en péril avec ses manigances, il y tiendra, pour la première fois de sa vie. Ce ne sont que des exemples, mais ça t'aidera peut-être à trouver quelques pistes de développement pour étoffer les facettes du personnage et lui donner ce relief dont tu as besoin Smile
 
Melodie3
   
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Melodie3  /  Autostoppeur galactique


Je ne peux que te conseiller de lire Lolita, de Nabokov.
Il a très bien équilibré Humbert Humbert, au point que pour beaucoup encore, Lolita est une petite séductrice, alors qu'elle n'a que douze ans dans le livre, et que HH est un pédophile.
 
Mickael13
   
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Mickael13  /  Clochard céleste


La question est étrangement posée.
Tu dis «Comment pas rendre trop désagréable aux yeux du lecteur une raclure qui manipule ses amis et sa famille en plus de ses ennemis ?». Il y a un peu contradiction je trouve.
Peut-être que l'équilibre est à trouver dans les buts que va rechercher ton personnage. Pourquoi il manipule tous ceux de son entourage ? Est-il vraiment le seul à en profiter ? Est-ce qu'il n'y a vraiment rien de positif dans ces buts, ou d'un peu moins négatif ?
 
TITAN
   
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TITAN  /  Gloire de son pair


L'expression latine "Castigat ridendo mores" (corriger les moeurs en riant) peut être, je pense, l'une des solutions pour ta question.

Le lecteur prend indéniablement une posture face à la jouissance du personnage (ou du "monstre" comme on nomme les personnages diaboliques tels que Humbert Humbert dans Lolita). Le lecteur peut-être soit témoin : il regarde seulement, il n'est que juge en appliquant un jugement moral à cette observation ; ou bien il peut être complice s'il prend plaisir à cette souffrance.

Donc, l'humour peut être l'une des solutions puisque le lecteur, en riant, peut prendre de la distance avec le personnage. La comédie, en quelque sorte brouille la frontière entre la réalité et l'irréel.

Le brouillage de la réalité peut être un procédé très efficace pour que le lecteur puisse éprouver un minimum d'empathie ou que le personnage ne soit pas trop désagréable. Par exemple, en reprenant l'exemple de Lolita, on a un brouillage de la réalité avec les métamorphoses qu’opère Humbert Humbert sur lui-même ou sur le monde qui l’entoure, ce qui le « dédouane » d’agir comme un animal. Il met en place un bestiaire autour de lui qui le fait passer pour un animal, il définit les jeunes filles comme des êtres fantastiques, démoniaques, il change le monde autour de lui pour « légitimer » ce qu’il fait. L’énallage (procédé littéraire qui consiste à remplacer un nom par un autre nom, un personnage par un autre personnage) autour de sa propre personne renforce la notion de toute puissance qui métamorphose ce qui l’entoure. Humbert Humbert se déshumanise, ou déshumanise les autres, et utilise l’humour pour troubler le monde.
 
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Invité  /  Invité


C'est simple, ce personnage connait un franc succès dans les séries depuis un paquet d'années maintenant (coucou Docteur House !) Et la plupart des gens ne réalisent même pas qu’ils adorent un type dont par ailleurs ils se plaignent au boulot.

Donc pour les rendre attrayants c’est effectivement l’humour, Titan l'a bien montré, de préférence en leur faisant dire tout haut ce que la plupart des gens pensent tout bas. De plus tu as l’avantage de pouvoir les rendre ambivalents sur le plan moral. Genre il peut dire des trucs sur les femmes qui, selon les cas, feront grincer des dents les féministes ou hurler au scandale les machos.  

Mais attention, s’il dit la "vérité qui dérange" il ne faut pas que ça soit objectif, mais au niveau des fantasmes et des pulsions frustrées de ton public. C'est ça qui est le plus difficile à identifier. Il faut être connecté à son époque pour y parvenir.
 
Mikaroman
   
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Mikaroman  /  Jeune et fringant retraité


Miles Vorkosigan, est un héros manipulateur très bien écrit ( cycle Barrayar, écrit par Loïs Mc Master Bujold).

Le personnage reste attachant dans la série pour plusieurs raisons :
- Le livre est écrit de son point de vue, ce qui permet au lecteur d'être placé dans ses pensées et donc de ne pas avoir que son comportement, mais aussi ses intentions.
- Il est diminué physiquement dans un monde où ce type de handicap aurait du lui valoir d'être tué à la naissance. Il a donc du développer des capacité de manipulation pour tirer son épingle du jeu.
- C'est un grand stressé, et ce comportement de manipulation s'inscrit dans un besoin de contrôler son environnement.
- Les lecteurs ont pu le voir grandir au cours des romans et ont donc pu assister aux moments où il a progressivement intégré que ces comportements fonctionnaient pour lui, ils admettent donc plus facilement qu'il utilise une recette qui marche.

En espérant que cela te donne des pistes. Bon courage.
http://romainmikam.free.fr/
 
Le Renard Rouge
   
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Le Renard Rouge  /  Tapage au bout de la nuit


Merci des réponses Wink

Si je comprends bien, il faut que je réussisse à bien faire intégrer au lecteur les motivations du personnage. Cela lui permettra de comprendre pourquoi le personnage agit de telle ou telle manière même si son comportement est détestable.
 
Kada56
   
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Kada56  /  Homme invisible


Il faut qu'il y ait une dimension où le lecteur/spectateur puisse se reconnaître à minima.
Pour moi le modèle du genre, c'est le manga Death Note. Un idéal noble totalement dévoyé.
Ou encore le personnage d'Hannibal Lecter dans le silence des agneaux. Il faut qu'il y ait un atôme crochu, un effet empathique à minima sur lequel le lecteur puisse s'appuyer. Pour qu'il puisse se dire "je réprouve ce qu'il fait, mais je comprend intellectuellement qu'il en soit arrivé là".
On est tous comme ça. En réalité, c'est le mal, bien plus que le bien qui fascine. Vous ne verez jamais d'histoire sur les familles où tout va bien et de "faite entrer le compagnon doux et aimant". Les gens veulent du sordide et du tabou, ça les fascine. Ce moment de basculement et de franchissement.
 
Séléné.C
   
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Séléné.C  /  La femme qui tomba amoureuse de la lune


Les personnages négatifs à rendre sympathiques au lecteur, c'est un peu le "fond de travail" de mon projet "Sinistre DiscoBall", mas je n'ai pas de recette à proposer.
Juste réfléchir à leur point de vue : leurs motivations, leurs douleurs, etc.

Concernant l'aspect manipulateur : je n'ai pas beaucoup de gros manipulateurs dans mes textes, mais l'un des personnages principaux de DiscoBall entre dans la catégorie et il y a un chapitre (dans la 7° saison) où il explique être très fier de sa nature manipulatrice.
Je me suis beaucoup amusée en décidant d'écrire ce passage, mais ensuite ça a été plus dur, parce qu'il ne fallait pas que ça ressemble à un méchant de dessin animé se lançant dans un rictus de "je suis méchant". Le mec en question est un salopard (et heureux de l'être) mais il n'est pas cinglé.
Ce passage a été très utile, au niveau de mon rapport avec lui. Il se situe dans une partie du texte qui ne sera publiée qu'en 2026 mais est déjà très abouti, parce qu'en le peaufinant j'ai amélioré ma perception du personnage.

Je pense surtout à ce personnage parce que tu dis ne pas vouloir employer un traumatisme d'enfance pour expliquer sa nature. Mon personnage est dans ce cas : il n'a pas eu une enfance malheureuse, mais a quand même fugué à l'adolescence, pour ne jamais revenir, et c'est là qu'il s'est rendu compte qu'il était doué pour mentir et que c'était une "arme" qui en valait d'autres.
Je ne détaille nulle part dans le texte ce qui l'a fait fuguer. On sait juste qu'il détestait son oncle mais aimait beaucoup sa maman. Au fil du temps, il développe envers l'un une haine de plus en plus forte (s'il le croisait, il le tuerait avec grand plaisir) et envers l'autre une grande honte de l'avoir abandonnée (mais s'il la croisait, il ferait tout pour qu'elle ne le voie pas). Je laisse le lecteur imaginer ce qui a pu se passer et ne lui donne aucune piste évoquant un drame.

Dans la "2° saison" de DiscoBall, l'ami et associé de ce personnage lui dit qu'il ne sait rien faire efficacement à part mentir, mais que ça, il le fait "comme il respire". De fait : il ment encore plus à ses proches qu'aux autres. Dans le milieu où ils évoluent, ce n'est pas un défaut absolu, même si c'est clairement un reproche.
Dans le chapitre où se situe cette conversation, mon intention est de faire comprendre au lecteur que ledit personnage n'a aucune envie de proximité avec personne. Il ment à ses proches parce qu'il ne veut pas avoir de proches. Sur l'océan de la vie, il veut naviguer en solitaire ! Du moins à cette date, car avec le temps, cela lui pèsera, mais il sera alors trop tard et il ne pourra que rester le même.  
Cependant... à manipulateur, manipulateur et demie : malgré son immense talent en ce domaine, il lui arrive de tomber sur plus habile que lui. Parfois il le perçoit, et parfois pas.
Ceux-là sont tous des gens qui ne prennent pas spécialement de plaisir à manipuler, et sont très honnêtes envers leur proches... à l'exception de la femme dudit personnage, qui est exactement comme lui. Adorable couple bâti sur un tir à la corde de mensonges réciproques dont ils sont tous les deux conscients sans vouloir l'admettre (implosion inévitable).

Néanmoins, tout ce petit monde n'est pas prévu pour être sympathique, même si j'essaye de faire développer au lecteur une empathie avec chacun d'entre eux. Je vise quelque chose "entre deux eaux", un peu trouble.

Quant audit personnage : il est enfermé dans une solitude qu'il a construite lui-même, et il faudrait un psy rudement doué pour lui faire avouer qu'il en souffre.

Citation :
On est tous comme ça. En réalité, c'est le mal, bien plus que le bien qui fascine. Vous ne verez jamais d'histoire sur les familles où tout va bien et de "faite entrer le compagnon doux et aimant". Les gens veulent du sordide et du tabou, ça les fascine. Ce moment de basculement et de franchissement.
D'accord là-dessus à presque 100%

Faire entrer le compagnon doux et aimant peut être une façon de préparer le drame que sera sa disparition ou sa transformation. Il peut aussi, malgré toute sa douceur et son amour, être porteur de blessures qui s'étendront de lui à son entourage.
Un personnage "pur" qui se désagrège (avec ou sans perte de pureté), cela aussi ça fascine !

Et il faut aussi tenir compte du genre où le texte se situe : dans certains, on trouve plus de personnages "purs" que dans d'autres.

C'est compliqué de dire comment rendre un menteur-manipulateur sympathique sympathique, sans savoir dans quel univers il évolue, selon quels enjeux de scénario etc.

Renard Rouge a écrit:
Si je comprends bien, il faut que je réussisse à bien faire intégrer au lecteur les motivations du personnage. Cela lui permettra de comprendre pourquoi le personnage agit de telle ou telle manière même si son comportement est détestable.
Oui...

Navrée de répondre si tard.
J'ai eu un petit moment de gros malaise sur certains secteurs du forum (ce moment qui n'est, d'ailleurs, pas encore bien terminé)
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