PortailAccueilRechercherS'enregistrerConnexion
Partagez
Aller à la page : Précédent  1, 2
 

 Ostrogoth et autres... propos racistes d'un lointain passé

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

 
avatar
   
    
                         
Invité  /  Invité


Le sens des mots glisse. Les mots ont un pouvoir et nous jouons. Nous sommes pris dans des langues qui sont libres de glisser. Chacun tente de jouer en sa faveur, mais personne ne maitrise seul, c'est l'usage qui nous invente en même temps que nous l'inventons. Quelque chose comme ça
 
Séléné.C
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  13014
   Âge  :  46
   Localisation  :  Côte d'Or & d'Opale
   Pensée du jour  :  Confiance et longueur de Temps...
   Date d'inscription  :  11/01/2013
    
                         
Séléné.C  /  La femme qui tomba amoureuse de la lune


Grisebouille a écrit:
peut-on faire dire à un personnage "des trucs de bonne femme", est-ce que c'est pas un peu border-line sexiste ?
Ma foi...je l'emploie parfois dans la conversation courante !
Mais pas tout à fait de la même manière que le ferait un homme méprisant envers les "trucs" et les "femmes"
C'est selon le même ordre d'idée que je me décris parfois comme "un peu sorcière".
Une note d'humour de ma part, mais dans d'autres bouches, ça peut être du mépris (et c'est souvent le cas).
La différence : je l'emploie à propos de choses que je pratique ou approuve, selon type d'esprit que je partage, et non pour rejeter.
C'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleures potions

Sur la question : est-ce qu'une femme peut l'employer de façon méprisante...
Alors là... grande question !
Je pense que "ça peut", mais il faut voir ça en fonction du caractère qu'on aura donné au personnage

Et n'oublions pas qu'il existe une variante > "truc de vieille femme" > qu'une jeune peut être tentée d'employer, surtout si elle fait un rejet des pratiques d'avant sa génération.

A noter : sur cette expression, mon emploi "à contre connotation" colle tout à fait avec le type de glissement que j'évoque dans mon post, avec dérivé d'un terme pouvant aller vers le haut ou vers le bas
http://scriptorium2.canalblog.com
 
Grisebouille
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  491
   Âge  :  33
   Pensée du jour  :  Comme hier
   Date d'inscription  :  01/08/2020
    
                         
Grisebouille  /  Pour qui sonne Lestat


Oui, je me suis pas mal interrogée là-dessus parce que je voulais pas lui donner un côté misogyne mais il baigne dans un environnement assez masculin/terre à terre donc il assimile tout ce qui est "impression" et "intuition" à "des préjugés de bonne femme". La sorcière est un bon exemple de ce qui a pu rentrer dans le langage.

Plus récemment, j'ai fait s'interroger pas mal de gamin sur le fait que "mal baisée" c'était sexiste.

Spoiler:
 
 
Enirtourenef
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  657
   Âge  :  24
   Pensée du jour  :  "Chaque occasion est la meilleure"
   Date d'inscription  :  02/09/2015
    
                         
Enirtourenef  /  Hé ! Makarénine


Citation :
Je pense que la question est légitime...De même, peut-on faire dire à un personnage "des trucs de bonne femme", est-ce que c'est pas un peu border-line sexiste ?
Tu as le droit d'écrire des personnages sexistes ! Encore heureux !
On n'est pas là pour militer (enfin, on peut, mais on n'est pas obligé) ni pour cacher une réalité. Je veux dire... Y a des auteurs qui ont créé des anti-héros pour protagonistes, des gros salauds négationnistes, antisémites, etc. ou violeurs etc. (et même sans aller si loin, juste le sexisme ordinaire). Il n'y a rien de condamnable là-dedans (même la loi le dit, et la jurisprudence aussi (voir le cas du roman Pogrom paru en 2005).
Rien n'empêche d'écrire un personnage qui ne supporte pas de se trouver dans la même pièce qu'un Noir, ou qui tabasse les personnes qu'il identifie comme homosexuel.
Il faut être stupide pour penser qu'un tel personnage serait forcément le double de l'auteur en fiction (c'est plus compliqué en auto-fiction, bien entendu).
Et justement, de tels personnages permettent de traiter les sujets d'une manière un peu crue, et c'est très bien.

Puis faut arrêter de prendre le lecteur pour un imbécile. Il est capable de faire la différence entre la fiction et la réalité. C'est comme quand un avion te fonce dessus dans une salle de ciné : tu baisses la tête, tu sursautes, mais tu n'y crois pas assez pour prendre tes jambes à ton cou.

Donc même si tu veux écrire un gros salopard qui bat sa compagne et éructe des insultes misogynes à longueurs de journées ben... en vrai... tu peux !

Marcher sur des œufs tout le temps c'est contre-productif.
https://enirenrekhtoues.blogspot.com/
 
Grisebouille
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  491
   Âge  :  33
   Pensée du jour  :  Comme hier
   Date d'inscription  :  01/08/2020
    
                         
Grisebouille  /  Pour qui sonne Lestat


Ta réponse m'interpelle un peu. Oui, on peut, bien évidemment, mais il faut du recul sur ce perso. Si c'est ton héros et qu'il est décrit comme un perso sympa, cool sous tous rapports mais, petit hic, il balance des piques racistes à tort et à travers sans que personne ne tique et que l'univers ne s'y prête pas et qu'aucun retour critique n'est fait sur cette tendance du perso, moi ça me gêne.

Je suis en train de lire un bouquin dans lequel le personnage principal qui est idéalisé comme fort, intelligent, éduqué, possédant toutes les qualités (tous les critiques s'accordent à dire qu'il est la voix de l'auteur) passe son temps à balancer des piques misogynes, racistes, antisémite et homophobes (gros combo de ouf). Il dit entre autre que les femmes incapables de jouir au lit sont toutes des lesbiennes et qu'il les déteste et qu'elles méritent la mort. Une autre nana, parce qu'elle est indépendante et lui tient tête, il lui répond "peut-être mais t'es pas baisable" et que pour un blanc coucher avec une noire c'est se rouler dans la boue...Je trouve que ça pique un peu les yeux perso :mrgreen:

Je ne considère pas ça comme marcher sur des oeufs. Quand je suis face à quelqu'un qui vient de faire une fausse couche par exemple, je trouve ça normal de ne pas lui parler de bébé, de maternité, ou de toute autre chose qui pourrait lui faire du mal. Ca ne m'ennuie pas, je trouve que la délicatesse et le tact dans les rapports et trop souvent sous-estimée. Pour ce qui est des respect des minorités, c'est la même chose. Ca me fait plaisir de les dépendre sous un jour non stéréotypé, je vois ça comme une tape amicale que je leur fais dans le dos pour eux et tous les trucs relous qu'ils ont du endurer

Edit pour corriger toutes mes grosses fôôôôtes !
 
Enirtourenef
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  657
   Âge  :  24
   Pensée du jour  :  "Chaque occasion est la meilleure"
   Date d'inscription  :  02/09/2015
    
                         
Enirtourenef  /  Hé ! Makarénine


Oui bien sûr ! Il ne s'agit pas de faire un raciste pour faire un raciste, il faut que ça ait un lien avec l'histoire et bien sûr c'est plus intelligent (encore que, si tu veux porter ce type de message politique, mais c'est pas obligé, ça dépend de ton projet) de le mettre dans une situation où il est remis en question (soit par ce qui lui arrive, soit par ce que les autres personnages lui disent). Mais c'est vrai aussi qu'il y a des personnes très sympa et bien sous tous rapports jusqu'au moment où on aborde les questions ethniques... et c'est la complexité des individus qui est intéressante. Mais bien sûr il y a un traitement à apporter !
Je ne disais pas ça pour dire "comme on a le droit de faire un personnage comme ça, faisons-le juste pour la provocation" ! Ça n'aurait pas beaucoup de sens.

Oui, effectivement ça pique les yeux, mais l'extrait incriminé dans le roman Pogrom était bien pire... Et encore une fois dans le cas de la fiction (et non de l'auto-fiction) on peut tout dire. Après, ça dépend du traitement, ça dépend de la sensibilité de chaque lecteur, ça dépend de tellement de choses !

Oui, bien sûr ! Mais quand tu es face à quelqu'un qui vient de faire une fausse-couche, tu es dans la réalité. Quand tu lis un roman tu es... dans un roman. Et toute la différence est là ! Et en plus, dans un roman, le narrateur s'adresse à plein plein plein de gens : il ne peut pas savoir quelles sont les sensibilités de chacun. À partir du moment où y a des personnes noires qui sont blessées par l'expression "la bête noire" alors que ça n'a rien à voir... c'est bien un indice sur le fait que c'est non seulement, évidemment, des questions de sociétés qui sont en jeu, mais aussi la sensibilité de chacun.
Pour moi, c'est différent de ne pas parler de maternité à une femme qui vient de faire une fausse-couche, et de ne pas employer certains mots pour ne pas blesser dans le cadre d'un roman. Parce que dans le cadre d'un roman ça revient à ne vouloir blesser personne. Alors que c'est impossible (on a tous des sensibilités différentes) et que c'est de la fiction (et que le lecteur le sait).

Edit : je vais prendre un exemple qui nous éloigne des questions de Séléné mais qui me paraît pertinent. Si ne pas utiliser de personnages racistes etc. revient à faire la même chose que de ne pas parler d'enfant à une femme qui vient de perdre son enfant, alors dans ce cas il y a aussi des sujets que l'on ne va plus se permettre. Comme le harcèlement scolaire, par exemple, puisqu'après tout certains lecteurs pourraient en être victime ou avoir été victime et très mal vivre le fait de se voir présenter sous leurs yeux des scènes de harcèlement scolaires, violentes, etc. (que ce soit dans les livres ou dans les films, d'ailleurs). Et du coup... on ne raconte plus rien à part des comédies romantiques... plus de drames, plus de thrillers, puisqu'après tout ça pourrait blesser des lecteurs qui auraient perdu un proche dans un assassinat ou un accident de voiture. Peut-être que mon exemple paraît extrême mais c'est exactement vers quoi on va commencer à tendre si on dit "pour ne pas blesser les personnes victimes de racisme je ne fais pas de personnages qui disent des propos racistes". Parce que des gens qui ont vécus des choses compliquées, très dures, des viols, etc. et qui en sont encore traumatisées il y en a malheureusement beaucoup... Ou alors est-ce qu'il y a quelque chose dans ton explication que je n'ai pas comprise ? (c'est pas de la rhétorique, c'est une vraie question).
https://enirenrekhtoues.blogspot.com/
 
Grisebouille
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  491
   Âge  :  33
   Pensée du jour  :  Comme hier
   Date d'inscription  :  01/08/2020
    
                         
Grisebouille  /  Pour qui sonne Lestat


Non, non, c'est peut être mon parallèle qui est malhabile parce que je vous le sens dans ce que tu dis. Perso, je suis pas heurtée par une fiction sur le harcèlement scolaire (j'en ai été victime très longtemps) tant que c'est bien traité : c'est à dire tant qu'on ne met pas les victime enfermées dans une position de victime et qu'on s'intéresse à la mécanique. Pareil pour la violence conjugale : c'est hyper casse gueule parce que c'est un mécanisme ultra précis, un engrenage et montrer la femme qui se prend des coups comme faible et soumise ça me paraît insultant et réducteur.

Oui, je comprends bien qu'on peut pas tout contrôler. Mais je pense qu'aucune personne ne s'ofensera si, mettons après publication de ton texte et gros scandale, tu présentes tes excuses en disant ne pas avoir voulu offensé (on en a pas tjrs l'occasion bien sûr).

Ca me fait mal de l'admettre, mais je suis d'accord sur un pt, c'est qu'on baigne dans une époque où la parole raciste, sexiste, homophobe se libère de plus en plus et dans le même temps, on est tjrs à l'affût du dérapage sexiste ou anti minorité et on monte parfois en épingle (moi la première) un truc qui était juste...Des propos maladroits.

On rejoins la question, est ce qu'il faut supprimer toutes les occurrences du mot nègre dans Tom Sawyer, changer le titre de "Dix petits nègres" parce que ça ofense certains et certaines... C'est une vraie question à laquelle je n'ai pas de réponse. D'ailleurs comme je suis pas noire, je considère que c'est pas à moi de donner mon avis.
 
Enirtourenef
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  657
   Âge  :  24
   Pensée du jour  :  "Chaque occasion est la meilleure"
   Date d'inscription  :  02/09/2015
    
                         
Enirtourenef  /  Hé ! Makarénine


Oui, effectivement, il y a tout un mécanisme, et justement pour moi traiter des sujets comme ceux-là c'est justement utiliser cette mécanique. Juste mettre une femme battue pour mettre du glauque ça ne sert à rien... c'est parfois ce que je reproche à la dark fantasy, d'ailleurs : mettre du glauque et du sang juste pour mettre du glauque et du sang, sans propos derrière.

Une fois qu'on en arrive au point de devoir s'excuser, c'est souvent déjà trop tard et les plus radicaux ne voudront même pas entendre... moins risqué de faire en sorte de pas faire de polémique x)

On ne fait non seulement plus la différence entre racisme/sexisme/etc. et maladresse, mais en plus on prête du racisme là où il n'y en a absolument pas (exemple "la bête noire"). Je pense que ça vient du fait que les gens se divisent de plus en plus par communautés de lutte avec cette idée qu'un Blanc ne peut pas lutter contre le racisme, et qu'un homme "valide" blanc hétéro est forcément un oppresseur. D'ailleurs, cette terminologie de "oppresseur/opprimé" montre bien cette division toujours plus violente des gens, et leur essentialisation, alors qu'en réalité les inter-relations sont beaucoup plus compliquées... on peut par exemple être un homme homosexuel et être raciste. Bref. Sale temps pour aborder des thèmes de société pour lesquels on nous refuse une légitimité.

Il y a deux choses dans ce que tu dis : les termes vs. la légitimité.
Pour moi, il ne faut pas retirer ces termes, mais éditer des livres augmentés d'une explication sur l'histoire du mot et d'une remise en contexte de l'époque. Ces livres sont très intéressants du point de vue de l'Histoire des idées, et les charcuter sous prétexte que ça ne correspond plus à aujourd'hui revient à lire l'Histoire avec notre point de vue contemporain, ce qui est une erreur...
Quant à la légitimité, comme je l'expliquais dans mon article sur les sensitivy readers, il y a un problème. 1) je ne suis pas qu'une femme blanche hétérosexuelle, c'est m'essentialiser que de me définir de cette seule manière (je suis aussi une femme qui a la trouille d'être trahie, qui ne sait pas faire confiance, qui croit très fort à cette utopie du juste-milieu, qui a très peur de ressembler à son père, qui tient très fort à l'honneur et au respect de la parole donnée : ce sont ces peurs et ces valeurs et beaucoup d'autres qui me définissent moi et mes positionnements). 2) le racisme n'est pas un problème de Noirs, le racisme est un problème de société, donc il me concerne en tant que citoyenne et ça me fait chier que mes amis Noirs (LGBT, etc.) n'aient pas les mêmes chances que moi. Alors bien sûr, je ne peux pas avoir l'expérience du racisme de la même manière qu'une personne racisée, mais évoluant dans une société où il y a du racisme, j'ai aussi une expérience du racisme et surtout je peux faire appel aux sciences humaines. On ne peut pas trancher la légitimité à parler de racisme entre Monsieur Toutlemonde d'origine camerounaise et un sociologue blanc qui en a fait sa spécialité : les deux se complètent. Et là encore, dire que l'on n'est pas légitime c'est : 1) essentialiser les gens 2) les diviser. On ne lutte pas contre les discriminations de cette manière.
https://enirenrekhtoues.blogspot.com/
 
Grisebouille
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  491
   Âge  :  33
   Pensée du jour  :  Comme hier
   Date d'inscription  :  01/08/2020
    
                         
Grisebouille  /  Pour qui sonne Lestat


Ca me rappelle la discussion de l'agora sur les enfants où l'ont m'a fait remarquer que la raison pour laquelle les gens étaient si sensibles à la violence sur les enfants, c'était à cause du fait qu'ils sont fragiles, du coup on veut à tous prix les protéger d'un individu malveillant et dire "J'aime pas les gosses" étaient interprétés en "J'ai envie de leur éclater la gueule sur du verre pilé" alors même que tu ne prévoyais pas d'être violent.

Je pense que c'est un peu la même chose avec les minorités (sur ce point au moins) : on est aussi sensibles sur les minorités justement parce qu'elles sont en danger (et aussi parce qu'on veut s'attribuer un titre de "Chevalier Blanc", en gros on veut être le gentil).

Du coup, pour en revenir à la question, je pense que la différence entre Ostrogoth et nègre, c'est qu'Ostrogoth fait référence à une tribu disparue (je crois du moins ?) du coup elle n'est plus en danger. "Nègre" est tjrs utilisé comme insulte raciste, c'et ça qui rend son usage gênant, même si certaines personnes (elles sont rares je pense !) l'utilise sans racisme associé. Pareil pour le glissement de sens autour de "pédé" qui vient de "pédérastre" qui n'est pas ma connaissance péjoratif. Le fait étant que ce terme a souvent utilisé par des homophobes, le terme est devenu homophobe. De même que si certains mots font polémique "ensauvagement" ou "féminazi" c'est parce qu'ils sont employés par une frange très extrême de la population. Ils sont devenus leur marque de fabrique en quelques sortes. Quand on utilise ce terme là, on est donc souvent associé à ces milieux...

Je pense que le terme cesse de devenir insultant quand la réalité à laquelle il réfère tombe en désuétude. Pour ce qui est de "bête noire"...Je pense que le terme n'est pas raciste de même que "pied noir" mais je comprends que certaines minorités, souvent agressées à tort et à travers le perçoive comme tel. Pour m'en convaincre ceci étant dit, il faudra une sacré dose d'argumentation.
 
leasaurusrex
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  1340
   Âge  :  121
   Date d'inscription  :  08/04/2019
    
                         
leasaurusrex  /  Tentatrice chauve


Citation :
Pareil pour le glissement de sens autour de "pédé" qui vient de "pédérastre" qui n'est pas ma connaissance péjoratif.

Pédéraste est un terme qui désigne un homme ayant des relations sexuelles avec des jeunes garçons, autrement dit un pédophile. Donc si, c’est très péjoratif. C’est associer une déviance à une orientation sexuelle, et c’est tout sauf anodin.
 
Mokkimy
   
    Masculin
   Nombre de messages  :  5335
   Âge  :  121
   Pensée du jour  :  Déifier des prunes.
   Date d'inscription  :  12/12/2006
    
                         
Mokkimy  /  Maîtrise en tropes


Du coup, je ne sais plus si la question a déjà été posée, mais que pensez-vous du glissement sémantique du terme "nègre" dans le sens "ghostwriter" ? Techniquement, le sens du mot a changé, mais on continue de le proscrire (à l'inverse d'ostrogoth and coe, qui ont perdu leur sens péjoratif.)

Si vous écrivez un roman historique consacré à Dumas par exemple, allez-vous employer le terme "nègre" dans son contexte littéraire ou allez-vous louvoyer pour l'éviter en utilisant des trucs du genre "prête-plume", "teinturier", "blanchisseur", "écrivain à gage", "documentaliste" ? (Je reprends les exemples donnés sur la page wikipédia.)
https://lamonstrotheque.home.blog/
 
Javert
   
    Masculin
   Nombre de messages  :  190
   Âge  :  51
   Localisation  :  Paris
   Pensée du jour  :  La vanité est une sorte d'échasses sur lesquelles montent les médiocres pour s'élever à la hauteur de ceux qui ont une grandeur réelle.
   Date d'inscription  :  02/11/2016
    
                         
Javert  /  Tycho l'homoncule


Bonjour, bonsoir.

Pour répondre à ta question de façon officielle, Mokkimy, voici un extrait du journal Le Figaro, en date du 17 novembre 2017 :
Citation :
Le «nègre littéraire» est officiellement à bannir
Citation :
Citation :
Le Conseil représentatif des associations noires de France explique avoir obtenu gain de cause, ce jeudi 16 novembre, auprès du ministère de la Culture pour bannir la formule «nègre littéraire». Elle doit dorénavant être remplacée par «prête-plume».
 Donc, si tu veux rester dans les clous, en écrivant un roman historique consacré à Dumas et que tu comptes y employer le mot nègre littéraire, je pense qu'il te faudra l'assortir d'explications ou d'une note en bas de page.
Maintenant, l'article précise bien : "dorénavant", donc cela vise des utilisations futures du terme. cela ne vise en rien à corriger des utilisations antérieures.

Du coup, pour répondre à la question de Grisebouille : 
Citation :
On rejoins la question, est ce qu'il faut supprimer toutes les occurrences du mot nègre dans Tom Sawyer, changer le titre de "Dix petits nègres" parce que ça ofense certains et certaines... C'est une vraie question à laquelle je n'ai pas de réponse. D'ailleurs comme je suis pas noire, je considère que c'est pas à moi de donner mon avis.
 A mon sens, et ça n'engage que moi, je le précise, il ne faut pas les supprimer dans les écrits d'une certaine époque. 
Je rappelle pour mémoire et aussi parce que cela fait écho à la question initiale de ce fil posée par Séléné.C, que le mot "nègre" n'a pas toujours été péjoratif.
Citation :
Le mot est dérivé du latin niger, « noir » en tant que couleur.
Citation :
Citation :
Selon le dictionnaire de Godefroy, le mot negre ou nigre (noir), apparaît en ancien français au xvie siècle pour désigner la couleur noire : « Que je en la nigre montaigne / M'en aile desous Andioche. »
Citation :
Puis, pour désigner les personnes de couleur noires, le terme sera repris à partir de 1529 au mot espagnol negro, « noir ».
source wikipédia


C'est donc une dérive sémantique, comme celle dont parle Mokkimy qui en a fait un terme péjoratif. A cause de l'esclavage et du mot négrier qui à l'époque, désignait ceux qui faisaient le commerce d'esclave venus d'afrique noire. (je sais que vous le savez mais je préfère le préciser pour ne m'attirer les foudres de personne !  Wink )

Dans la même veine que le "nègre littéraire" que l'on doit aujourd'hui appeler "prête-plume', il existe d'autres termes et noms dérivés qui ont aujourd'hui été modifiés.
A l'heure actuelle, dans une pâtisserie, vous trouverez des gâteaux baptisés "Têtes-choco" ou "noir et blanc" qui, il n'y a pas si longtemps encore étaient appelés respectivement : "tête de nègre" et "nègre en chemise". Je ne crois pas que leur dénomination altère la saveur de ces gâteaux, mais sont simplement représentatifs d'une époque.

Les moeurs évoluent, le langage aussi et c'est entre autre, ce qui fait qu'une langue est vivante. Faut-il nécessairement fustiger les modes ou expressions d'autrefois en les sortant de leur contexte historique pour les rebasculer dans notre période actuelle où chaque communauté revendique telle ou telle chose ? 
D'un point de vue strictement littéraire, je ne le pense pas. Sinon on risque de s'engluer dans une façon d'écrire stéréotypée où tout ce qui ne sera pas consensuel sera proscrit et risquera de devenir plat et mièvre.

Moi qui écris souvent du médiéval fantastique, lorsque je décrirai un petit personnage trapu, batailleur, hâbleur et buveur de bière invétéré, devrai-je le désigner comme "personne à la verticalité contrariée" au lieu de "nain"?

En principe, dans nos sociétés, le langage et la pensée évoluent conjointement et les expressions d'hier reflètent une époque et une manière de penser propre à cette époque. Le meilleur indicateur de ce phénomène est souvent l'argot. Les mots "ostrogoth" ou "nègre" évoqués dans ce fil en sont des illustrations. 
L'argot d'hier n'est pas celui d'aujourd'hui (même si certains termes reviennent à la mode, comme certains vieux prénoms). Quand j'entends des jeunes d'aujourd'hui dire : "chanmé" (le verlan de méchant pour ceux qui l'ignoreraient), je suis surpris que quelque chose de bien, puisse être désigné par le mot "méchant".
Nous qui nous targuons d'être des lettrés et pour coller à l'intitulé de ce forum, de "Jeunes Ecrivains", nous n'empêcherons pas la langue d'évoluer, en revanche, rien ne nous empêche de contribuer (ou de tenter de le faire) à cette évolution, sans que ce soit forcément politique ou démonstratif d'une pensée rétrograde ou malveillante.

Un exemple : je remarque que dans l'argot d'aujourd'hui, il y a de plus en plus de mots dérivés de l'arabe : "kif", "seum" pour ne citer que ceux-là. Moi qui suis d'une autre génération, je ne les emploie pas car ils ne sont pour moi, pas évocateurs, pas imagés dans le sens où il ne me parlent pas. Le fait de ne pas les utiliser fait-il de moi un raciste ?

Comme me disait mon prof de latin, il y a bien longtemps : 
"Le latin est une langue morte et en corrigeant votre copie, je crois que j'ai trouvé l'assassin !"
Evitons de faire la même chose avec le français d'aujourd'hui.
Qui sait si dans quelques décennies, nos écrits ne seront pas étudiés comme le reflet d'une époque révolue ?
Shocked Wink
 
Shub
   
    Masculin
   Nombre de messages  :  2873
   Âge  :  116
   Localisation  :  À l'Ouest mais sans rien de nouveau
   Pensée du jour  :  Aller cueillir les escargots nu sur les baobabs
   Date d'inscription  :  12/09/2013
    
                         
Shub  /  Roberto Bel-Agneau


Ces mesures n'élimineront jamais le racisme mais auront pour effet d'attirer l'attention sur certaines facilités de langage "pouvant" banaliser le racisme dans le langage. Idem pour le sexisme, l'homophobie et l'antisémitisme. Le langage porte les traces de la domination masculine (c'est évident), de période raciste -ou racialiste comme sa montée au XIXème siècle- où même la gauche de l'époque comme Jules Ferry et Victor Hugo à l'Assemblée parlaient publiquement des "races inférieures". Idem pour l'antisémitisme
 
Séléné.C
   
    Féminin
   Nombre de messages  :  13014
   Âge  :  46
   Localisation  :  Côte d'Or & d'Opale
   Pensée du jour  :  Confiance et longueur de Temps...
   Date d'inscription  :  11/01/2013
    
                         
Séléné.C  /  La femme qui tomba amoureuse de la lune


Mokkimy a écrit:
Du coup, je ne sais plus si la question a déjà été posée, mais que pensez-vous du glissement sémantique du terme "nègre" dans le sens "ghostwriter" ? Techniquement, le sens du mot a changé, mais on continue de le proscrire (à l'inverse d'ostrogoth and coe, qui ont perdu leur sens péjoratif.)
Je suis à peu près certaine que ça a déjà été discuté sur JE !
Effectivement, c'est un cas encore sensible, et même : un cas qui est de plus en plus sensible.
On ne "continue" pas à le proscrire. On s'est mis à le faire. Nuance !

Quand le mot a été inventé pour parler des "ghostwriter" c'était une allusion à l'esclavage, le "nègre littéraire" étant serviteur de l'auteur reconnu du texte. En ce temps-là, j'ignore si quelqu'un s'en offusquait, mais les premiers qui auraient pu être tentés de le faire, c'étaient les auteurs (ceux qui font appel à des prête-plumes), et... est-ce qu'en le faisant, ils n'auraient pas risqué de se dénoncer ? En tous cas, on l'a employé longtemps.
Et c'est en vertu de cette même référence à l'esclavage qu'on bannit à présent le terme.
Autrement dit : si au lieu de "nègre littéraire" on avait parlé de "serviteur d'écriture" ou "forçat de la plume", le mot ne se heurterait pas à la question du racisme.

C'est l'exemple parfait du mot qui est à la fois "dans le sujet" et "hors-sujet", car il montre très bien comment une dérivé sémantique qui était parfaitement enterrinée et acceptée peut soudain se mettre à heurter. Les chances que cela arrive à "ostrogoth" sont réduites mais ce serait tout à fait envisageable pour "micmac" et si le terme argot "apache" était encore employé, ce serait sans aucun doute le cas.

Quant à l'emploi du terme "nègre littéraire" : c'est un mot qu'on emploie rarement dans les romans et qui désigne une chose marquée d'un certain tabou (au moins en France).
Renier ce mot, c'est aussi accepter de ne pas nier le concept !
Le terme "nègre littéraire" est en quelque sorte un passager clandestin de la langue... et il s'est fait jeter sur un quai

Dans un roman consacré à Dumas, je crois que refuser d'office de se passer du terme n'aurait aucun sens, et peut-être même que cela en ôterait au roman.
Par contre, comme l'existence des prête-plume est de temps en temps abordée dans les journaux... pas de "nègre" dans les pages. S'il n'y avait pas dans cette histoire une décision de justice, je trouverais que ça sent le tarfuffe
http://scriptorium2.canalblog.com
 

 Ostrogoth et autres... propos racistes d'un lointain passé

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum des Jeunes Écrivains :: Atelier :: Écritoire-