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 Le refuge

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Insane.
   
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Insane.  /  Avant, j'avais un rang. Mais c'était avant.


Il y a quelquefois des ermites qui se replient dans les montagnes, et qui atteignent les sommets. Ils escaladeraient encore les roches, les glaces et les froids s'ils le pouvaient. Ils ont la haine des hommes. Ils ont la haine d'eux même. Ils ont failli mourir à plusieurs reprises en se regardant dans leur miroir, en voyant de leurs yeux leurs semblables. Alors, ils bâtissent des escaliers entre les pics et les nuages, des nuages au cosmos.

Dans leur grotte, dans leur antre, dans leur refuge de fortune, avec leurs mains ensanglantés, leurs pieds boiteux, leur corps malade, ils cherchent un moyen d'aller plus loin que les sept mille mètres de hauteur.

Ils ont tout abandonné pour voir les étoiles de plus près. Ils ont tout quitté pour toucher la stratosphère. Ils ont tout envoyé à la mort dans l'espoir d'un royaume où le roi, l'empereur, le président n'est plus un homme.
 
Insane.
   
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Insane.  /  Avant, j'avais un rang. Mais c'était avant.


Tout ceci n'est plus qu'un fonds de commerce.

J'écris de la poésie pour gagner de l'argent mes lecteurs.

J'écris de la poésie non pas pour l'estime, mais pour l'argent.

Pour jouir, il ne me faut plus la passion, ni l'amour, mais l'argent.

Alors, j'échange mes feuilles, mes dossiers, mes piles de poèmes contre des tickets, des pièces, des billets, des chèques, de l'or, du pétrole et que sais-je encore. J'échange tout cela car les femmes se trouvent dans des caddies aujourd'hui. Elles se trouvent dans les rayons de marchandises, entre les poissons et les viandes. Elles se trouvent dans les coffee-shop, et là où on vend la drogue. Elles se trouvent là où on fait les clips, et où on passe à la télé, à la radio. Elles se trouvent dans les piscines des milliardaires. Elles se trouvent dans les treizièmes mois du pauvre, qui donne son salaire à quelques bijoutiers, à quelques folies.

Mon frère même existe dans un monde ancien, où on ne se cachait pas, où on enfantait l'amitié, l'amour et les choses du coeur. Ma soeur aussi. Mais, ils n'existent pas. Leurs embryons ont été échangés contre des heures de travail. Leurs foetus ont été anéantis pour quelques diplômes. Leurs vies ont été tues pour quelques comptes.

Ils ne peuvent plus être.

Il n'y avait pas de fortune pour eux. Ils ne pouvaient y en avoir, car il y en aurait eu moins pour moi, et pour les autres.

Mon dieu, nous sommes devenus avares. OUI, JE LE DIS, AVARES. NOUS VOULONS POSSEDER CETTE FEMME SANS LA PARTAGER, ET CES HOTELS, ET CES VILLES, ET CES NATURES, ET CES CIEUX, ET CES MONDES.

Nous voulons le faire seuls car nous en avons plus à manger, plus à jouir, plus à être.

Nous sommes de vrais fauves, qui se combattent pour régner sur la terre.

Et nous foulons celle-ci avec un ride malade, dans le désert de leurs cendres, parmi les squelettes et les cercueils.

Parmi les astres morts.

(Je me rappelle de ces moyens-âges où on faisait des enfants, qu'on jetait au travail. Non, ils n'étaient pas plus aimés. Non. C'étaient des bêtes aussi. Des bêtes qu'on échangeait contre le salut de l'église, contre quelques pains, contre quelques idoles, et quelques récompenses.

Je me rappelle de ces antiques morts pour les idées.

L'idée, la seule qui vaille, c'est le gain.)
 
Insane.
   
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Insane.  /  Avant, j'avais un rang. Mais c'était avant.


Je me mets parfois à râler comme ces gens qui croient pouvoir faire évoluer le monde d'un simple cri. C'est ridicule. Il faut y voir une humeur de femme, un caprice d'enfant qui frappe les murs, qui se cogne la tête contre le bitume, qui tire les jupes de sa mère.

Ma mère, c'est cette salope d'univers qui ne répond jamais rien.

C'est cette femme que je couvre d'insultes, mais qui ne réagit pas, qui s'en fout.

Alors, je devrais me taire. Ce serait mieux.

Je devrais me coudre les lèvres comme un mauvais monstre d'un mauvais film.
 
Insane.
   
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Insane.  /  Avant, j'avais un rang. Mais c'était avant.


Elle me manque la côte sur laquelle je faisais des promenades.

Je la vois à peu près partout
Dans les immeubles
Dans les voitures
Et même dans leurs pneus

Les bâtiments s'écroulent
Les voitures déraillent
Car la côte surgit de sous-terre
Bondit d'une vision idéale

Ces sans âmes
Dont le moteur crie
Dont les roues crissent

Ces sans âmes
Et leurs colères quand ils ne vont pas assez vite
Et on voit leurs bras, leurs jambes se briser les uns contre les autres

Elles semblent se confondre aux objets les plus insignifiants

Mais heureusement
On respire d'un coup sa brise, son mistral, sa tramontane

Il y a des objets qui ont des âmes
Comme ses mouchoirs qui s'agitent dans les vents
Comme ces voiliers qui voguent sur les mers
Et ces bouteilles perdues qu'on a trop bu

Il y a des marins
Qui sont partis une année dans les couleurs d'autres drapeaux
Avec leurs rames qui servent en cas de coup dur
Et les photos, et les portraits, et les babioles pour tenir

Il y a la côte sur laquelle ils faisaient des promenades
C'est de là qu'ils ont grandi
Qu'ils ont vu les paquebots
Les étrangers et leurs contrées

C'est comme un phare
Parmi les pieuvres
Parmi les pirates
Et les morts dans les tréfonds sous-marins
Et les sauvages qu'on aborde sur leurs sables

Sur ma côte, il y a un petit cimetière
De gens qui se sont perdus au large
Sur leur épitaphe : "En rade"

Au bout de la côte
Il y a un endroit d'où on peut sauter
Et plonger de tout son être
 
Pluie
   
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Pluie  /  Double assassiné dans la rue Morgue


Ma côte à moi n'est pas d'ici,
La tramontane n'y souffle pas.
Mais le père Banard m'en a rapporté ses murmures.
Il m'a promis qu'un jour, un jour de printemps,
Il m'y emmènera à l'aide d'un stratus.

Mais aujourd'hui, mon monde est gris.
Des réveils dans la nuit, sans cesse,
Mes yeux marchandent du sable
Sans jamais en obtenir le sommeil
Mais plutôt un long calvaire,
Des grains dans mes paupières.

Je me lève alors et cours dans la nuit.
La nuit, le monde est noir.
Les gens dorment et ne se presse plus,
Ils ne pensent plus leur désespoir.
Et la nuit, la Loire est belle à en mourir.
Détenant ce secret d'éternelle jouvence,
Elle glisse follement le long de son lit,
Elle se tourne vers des eaux plus profondes
Vers les vents de sel.

Je m'approche d'elle pour lui confier les tendresses
Que j'adresse à ma côte qui me manque encore et encore
Dans ce monde si gris, où une fois de plus, demain,
Je resterai assis,
A penser sans oser.


Dernière édition par Pluie le Mer 19 Déc 2012 - 13:29, édité 1 fois
 
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Je m'accroche à elle pour lui confier mes espoirs
Dans ce monde si plein où une fois de plus, demain
Je contiendrai mon vide,
A penser sans oser.

Je m'agrippe au sable et au sel
à la partition que la mer improvise
chaque jour et que claque les vents d'ouest je partirai
chaque vie et que se brise l'avenue bleue je partirai

Ton style bancal allure terne
ton charme fadaise se brisant sur avant
car j'ai trop de souvenirs sans toi
et que je les préfère à tout

J'ai bientôt un quart de verre alors vite, je pars
qu'y a-t-il d'autre à faire chez moi
derrière une vitre qui ne laisse passer que l'image d'un monde étriqué

 
Pluie
   
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Pluie  /  Double assassiné dans la rue Morgue


Oui, derrière cette vitre à moitié cachée de dentelle,
Derrière ce verre givré qui ne laisse le vent me caresser,
Derrière le froid mordant, derrière la pluie si transparente.

Je me transpose au dehors, sans briser le double vitrage,
Corps au-dedans, âme en-dehors.
Je sens le monde chargé de souvenirs,
Le monde et ses désirs,
Sa beauté insipide, son souffle givrant
Et toute sa mélancolie enivrée.
J'en aime les arbres, la foudre, l'herbe,
La mer, le feu et la terre,
J'en aime même ces nuages grisonnants.

Mais le gris des hommes m'étourdit,
Je m'essouffle en vapeur, trop vite,
Repart en-dedans, m'assieds
Et pianote les Do et autres Fa dièses
Qui me dénouent de mes peurs.
 
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La couleur des hommes m'enhardit
— Si j'arrivais à retrouver le rythme
que des poètes que j'ai connus
tenaient sans ciller
sans perdre leur souffle
sans hésiter sur les notes
j'aurai tout gagné
de la couleur de ces hommes
arc-en-ciel en furie
s'arcboutant plus et plus
pour se faire des trous dans le corps
avec sa lame en métal
en forme d'une vie qu'elle vit à ma place
fendant l'air avec son sourire
étant plus belle et plus courageuse que moi
ne se cachant pas sous les mots
ne se hâtant pas avec lenteur mais avec toute la fureur qu'elle peut arracher à la terre
brandissant sa rage à ceux-là
et sachant leur plaire avec son sourire
et sa manière de savoir y faire
au jeu de la vie
 
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au jeu de la mort
au jeu du chemin qui y mène
toutes ces combinaisons comme un jeu
où l'on jouerait à Noël
en famille autour d'une table
où il n'y aurait pas d'hier ni de demain
où le temps serait comme figé dans cette séquence

au jeu de la vie
au jeu du chemin qui la quitte
toutes ces marches à franchir
pour être plus grand qu'hier
et pour y arriver plus vite que les autres
pour être en haut avant
pour être mort avant
pour découvrir avant
pour savoir mais ne rien dire
garder ce secret pour se sentir plus important
plus près d'un dieu
d'un mieux

elle autorise tout le monde à l'aimer
elle donne son sourire à tout le monde
elle coud des dessins sur les pontons en rêvant
elle autorise le vent à l'aimer
car elle ne sait pas faire autrement


 
Pluie
   
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Pluie  /  Double assassiné dans la rue Morgue


Comme cette fille sur la photo,
Blonde petite et silencieuse,
Mystérieuse avant même la rencontre,
Plus inconnue encore après s'en être approché.

Cette fille qui garde ses secrets,
Dont je ne sais rien, si ce n'est qu'elle sait
Des choses que moi je ne sais pas,
Cette fille qui ne soufflait mot,
Qui avançait avec force et souplesse,
Cette fille qui courrait et court encore sans ne jamais s'arrêter,
Sans même suer
Ni la moindre goutte de fatigue,
Ni le moindre sentiment.
Cette fille avec qui j'ai partagé les eaux de la Loire
Des heures durant, les eaux froides, mordantes,
Les eaux dans lesquelles j'ai oublié jusqu'au temps qui passe.

Si frêle et si solide,
Si David et si Goliath.
Cette fille, je l'ai entraperçue,
Assise sur un ponton, recroquevillée,
Elle regardait les truites traverser la forêt.

 
Insane.
   
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Insane.  /  Avant, j'avais un rang. Mais c'était avant.


J'ai vu les métros qui n'arrivent jamais
Et les passants dans les souterrains
Qui cherchent sur les rails une sortie

J'ai vu les pavés de Paris qui se succèdent
Et les passants dans les rues noires
Qui cherchent les monuments de la capitale

La belle vue parmi les lieux pâles
La colline de laquelle on surplombe
Les livres, les femmes et l'amour
Et l'ennui
 
Nywth
   
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Nywth  /  Ex-Ombre passée du côté encore plus obscur.


J'ai vu beaucoup de choses finalement, mais il n'y avait pas de toi ni des fleurs de syanelles qui s'ouvraient alors sous ton passage, posées au pied de la tour Eiffel ou simplement d'une ruelle. Il n'y a pas de toi à chercher, que des femmes. Le paysage est beau mais il ne cache pas un vide, le vide des fleuves et des berceaux qui se balancent dessus, jetés à l'eau, tailladés, désœuvrés.

Et moi je m'ennuie devant un portrait de te voir naitre. Porte sur le fleuve rouge des apprentis jetés dans la flotte la soif de mes fardeaux et la courbure de mon dos. Porte tous les gages de David et de Goliath : ce sont les miens.
 
Insane.
   
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Insane.  /  Avant, j'avais un rang. Mais c'était avant.


Je me suis transformé en oiseau siffleur pensant déjouer les paroles des hommes.

Souvent, je m'envole tandis que je les vois qui me poursuivent, avec leurs armes, et leurs cages. Ils veulent me faire chanter à leur table, parmi leurs femmes criardes et leurs enfants pleurnichards. Ils veulent dire à leurs amis que le ciel est leur domestique, et que ce n'est pas la musique de la vieille église. Ils veulent sortir dans les forêts aménagés, dans les parcs revisités, taper des mains, et entendre. Ils veulent me faire redescendre pour sentir les sons qu'on entend parmi l'air.

Ils n'ont pas d'ailes.
Ils en ont construit en métal.
Ils veulent des oiseaux siffleurs en métal.
Ils ont accroché à mes pattes des liens pour me faire atterrir.

Cela ne suffit pas que je laisse des plumes sur leur terre.
Il leur faut toujours les fourrures de ma mort.
Il faut qu'il finisse bien par m'empailler,
qu'ils mettent leurs mains sur ma gorge
qu'ils sentent mon chant dans leur paume
qu'ils entendent qu'il se débat à leur guise
et qu'il ne bat plus que s'ils le décident.

Alors, c'est un chant faible qu'ils entendent
Faux comme les fruits qui poussent dans leurs murs
Faux comme la lumière décomposée par les rideaux
Comme la pluie qui ne tape plus le crâne tristement.
 
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Invité  /  Invité


Et pourtant j'en sais chanter, de ces mélodies bleues qu'ils jouent sur leurs violons
et où ils rient de leur talent
dans de grands éclats blancs

Les ans,
les siècles,
passeront

Mais ils s'en joueront
ne voyant rien passer
que le reflet brillant de leurs beaux yeux
dans des miroirs qu'on déménage
qu'on emmène vers des heures plus propices
vers des contrées plus vertes
vers des pelouses mieux délaissées

Mon âme, ma voiture cassée
mon ponton recousu
mes rêves d'avant
ma statue bleue
mon courage à deux mains
mes patins
toi
mes terres conquises
mes terres perdues
mes chansons tristes
mes chansons bleues
mes chaussures rouges
ma sympathie
mon gant de boxe dédicacé
ma balle de golf dédiflashée

mes petits tout, je ne vous perdrai jamais
 
Pluie
   
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Pluie  /  Double assassiné dans la rue Morgue


Je suis une antiquité.
Un vieux machin plein de toiles d'araignée,
Un scaphandre-bibliothèque,
Un renard empaillé au sourire narquois,
Un homme à la barbe épaisse
Mais aux joues pourtant trop lisses
Et d'un teint flamant rose :
Je sonne faux.

Ce sont dans mes vieilleries que je me réfugie
Des ondes du temps qui me traversent,
Ces époques sonores qui passent sans cesse
Et sans même me voir.
Je me confie dans mes petits riens
Et observe les temps.

Je suis une antiquité.
 

 Le refuge

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