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 [Nuit du 29 Juin] Extraits

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Nywth
   
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Nywth  /  Ex-Ombre passée du côté encore plus obscur.


Vous pouvez - et vous êtes même fortement encouragés à - poster ici des extraits de votre prose écrite pendant la Nuit JE du 29 juin.

Les extraits ne doivent pas dépasser 500 mots.
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PS : Lorsqu'on participe en postant un extrait, on doit commenter en retour ceux des autres.

 
Topa
   
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   Pensée du jour  :  Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson à sa capacité de grimper aux arbres, il passera sa vie à croire qu'il est un imbécile
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Topa  /  Autostoppeur galactique


Bon, j'avoue que le concept de commenter un passage d'une oeuvre inachevée m'échappe, alors je vais attendre de voir comment vous faites ça avant de rendre la pareille. Wink En attendant, voici mon extrait:

Spoiler:
 
 
Manfred
   
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   Pensée du jour  :  "Écrire, c'est si souvent se souvenir de ce qui n'a jamais existé... Je ne suis jamais née, je n'ai jamais vécu : mais je me souviens et le souvenir est chair à vif."
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Manfred  /  Pouyoute (© Birdy)


Extrait de Good Guy Greg.

Contexte: Grégory assure un intérim dans une boîte de télémarketing. L'un de ses interlocuteurs, M. Hugues, lui a annoncé qu'il projetait de se suicider à la fin de la journée avant de raccrocher. Le jeune homme décide de le retrouver, mais voilà: en rappelant le même numéro, il tombe sur une standardiste qui lui affirme que personne de ce nom ne travaille dans cette société. Il part donc à la recherche du mystérieux suicidaire pour le dissuader de mettre fin à ses jours. Au siège social de la compagnie, même réponse, personne du nom de Hugues. Il apprend en outre que le département pour lequel il était censé travailler est excentré en banlieue.

Citation :
Pauvre M. Hugues, isolé dans son bureau ! Loin de celui qui souhaitait lui porter assistance et loin de se douter même que les secours étaient en route. N’y avait-il donc aucun autre représentant du genre humain pour l’écouter, lui accorder de l’importance, lui prodiguer de la compassion ? Le brave garçon consacra tout le trajet à envoyer des ondes positives vers son protégé, répétant en son for intérieur tous les arguments qu’il comptait lui prodiguer. Il le convaincrait, le ferait renoncer à son projet calamiteux, lui insufflerait l’espoir et l’amour de la vie.
Tout pétri de cette certitude, il arriva aux locaux annexes de Structura, à Charenton-le-Pont. Il marqua d’une grande inspiration une pause solennelle et jaugea la façade anthracite. Comme il s’y attendait, ce site dégageait toute la froideur et la maussaderie de notre temps. Le théâtre parfait de l’accablement pour les forçats du XIXe siècle. Bien décidé à faire éclore la fleur de l’humanité sur cette morne plaine d’indifférence, il marcha bravement vers l’entrée. Le hall du bâtiment était d’une propreté irréprochable et semblait désert. L’accueil se recueillait farouchement dans le fond de la pièce, mais cette fois, pas l’ombre d’une réceptionniste. En s’approchant, il avisa une porte ouverte de l’autre côté du comptoir. Il lança un premier appel, timide, mais celui-ci restant sans réponse, il s’enhardit et héla avec plus de conviction. Une dame d’un certain âge s’encadra dans l’ouverture et le dévisagea d’un regard de cocker fatigué.
« Qu’est-ce que c’est ? articula-t-elle. Vous êtes le livreur ?
— Non Madame, répondit poliment le visiteur, je m’appelle… »
Il hésita. Cette brave employée usée avait-elle vraiment besoin de savoir son nom ? Il investissait les lieux pour la meilleure des raisons, mais ennuyer cette hôtesse du troisième âge avec des détails n’aurait été ni utile ni courtois. Autant qu’elle en sache le moins possible. Il afficha donc son sourire le plus respectueux et prit une voix douce et assurée :
« Je représente la société Officebureau. Je souhaiterais parler à M. Hugues, le responsable des fournitures.
— Vous voulez dire Mme Astor ? fit la voix chevrotante de l’employée. C’est elle la responsable.
— Euh… non… je… C’est M. Hugues que j’ai eu au téléphone, Madame. Il travaille bien ici, n’est-ce pas ?
— Il n’y a personne de ce nom ici, Monsieur. Vous vous êtes sûrement trompé d’adresse. »
Grégory s’aida d’une nouvelle grande inspiration, beaucoup moins sereine que la précédente. Il sentait son assurance le quitter mais s’accrochait quand même à l’espoir qui subsistait. Il restait encore la possibilité que cette dame fasse erreur, tout comme sa collègue plus jeune.
« Vous en êtes sûre, Madame ? Peut-être qu’il a été embauché récemment, ou peut-être que vous ne le connaissez tout simplement pas…
— Jeune homme, fit la vieillarde légèrement piquée dans sa fierté, ça va faire trente-cinq ans que je travaille pour cette société, et je connais tout le monde ici, même les stagiaires !


Dernière édition par Quia scorpio sum le Sam 30 Juin 2012 - 10:19, édité 2 fois


[Nuit du 29 Juin] Extraits 210302113706623531
 
Nywth
   
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Nywth  /  Ex-Ombre passée du côté encore plus obscur.


Nyjée a écrit:
Ma (très) maigre production : re-re-re-re-re-re écriture du chapitre I d'Hématomes (cette fois-ci c'est la bonne, je crois).
Citation :

Liliane, tête inclinée vers le sol, observe la ribambelle de voyageurs qui divise la plaine en myriades de points colorés.

Perchée sous la cime d’un chêne, ses deux jambes calées de chaque côté d’une branche, elle écarte les feuilles qui masquent encore le plateau et pose ses yeux sur Cilde. Elle ne voit de sa ville natale que les remparts qui s’étendent sur le sol comme des tentacules ; sa cité ressemble à une image de pieuvre, tracée sur les pages d’un livre pour enfants.

La jeune fille ferme les yeux, bascule dans le monde de sa mémoire et y dessine les murailles. Ses mains posent du lierre et des insectes. Puis elle peint de ses paupières le chemin sinueux entre chaque roche, chaque accroc, chaque faille. Quelques taches de sang naissent entre ses doigts, des taches de six ans, des taches passées.

Elle ajoute des routes griffonnées par les voyageurs à son image-réalité. Un peu cabossées, comme le relief, elles s’étendent jusqu’à perte de vue et dévalent les pentes du plateau. Une forêt les borde à l’est. Le vent soulève leurs minuscules cailloux et les roule dans la poussière.

Liliane repousse le voile de ses paupières et braque de nouveau ses yeux sur le paysage qui l’a vu naitre et grandir. Elle ne distingue ni le lierre, ni les roches, mais la ribambelle des voyageurs colore toujours la plaine. Son regard glisse sur les murailles, et s’attarde sur les chemins frêles qui bordent les champs. Il s’y arrête même, captivé par les infimes changements du paysage.

La dernière fois qu’elle avait aperçu Cilde, elle avait dix ans.

La jeune fille grimace puis recule de quelques mètres jusqu’à se retrouver dos au tronc. Les feuilles près de son visage reprennent leur place et masquent la cité. Elle décontracte ses épaules, prend appui sur l’arbre pour ramener ses jambes sur la branche, et s’accroupi. Demi-tour prudent. Sa jambe droite se pose sur une branche plus basse, teste sa solidité et se stabilise. Elle commence à descendre ; son corps retrouve très rapidement ses repères.

Moins de deux minutes plus tard, ses pieds se posent sur le sol. Elle époussète son pantalon couvert de poussière et récupère son sac à dos, dissimulé entre les pans d’un buisson. Enfin, elle se redresse sous la voute formée par les arbres. Ses yeux fixent la lisière de la forêt et le dégradé de lumière qui vient éclairer les premières plantes.

Liliane fait quelques pas, puis bat en retraite et recule ; elle heurte le chêne dans un bruit sourd. Ses bras tombent contre l’écorce, ses mâchoires se crispent, ses poings se ferment. Un nerf sur son cou lui tiraille la peau. Ses paupières battent, aveuglées, comme pour briser le jour. Elle tente de bouger ses doigts, mais ils paraissent engourdis. Son corps, figé, semble n’être plus capable d’esquisser un geste et de réagir. Sa peur la paralyse, s’infiltre entre ses os et se répand dans ses veines.
 
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Choc et Effroi. Tiré de Crépuscule pourpre. Séoul est ravagée par les flammes. Un groupe d'opérateurs Delta est chargé de reprendre un hôtel des mains de l'ennemi et de capturer un officier haut placé dans l'état-major de l'Armée populaire de Corée.

Citation :

Dean grimpa les marches de l’escalier de secours. Grimes et Wilkinson le talonnaient ; ils progressaient avec méthode, inspectaient les zones d’ombres, se couvraient mutuellement, sans même parler. Quelques gestes s’échangeaient parfois, mais le moindre de leur mouvement trahissait un professionnalisme et un travail de longue haleine.
Arrivé au second étage, Dean enjamba un cadavre, celui d’un soldat nord-coréen. Une balle avait perforé son casque, et du sang avait éclaboussé le mur adjacent ; de la cervelle couvrait les dernières marches. Il ne broncha pas devant ce macabre spectacle et s’accroupit près de la porte, l’arme en quête d’une cible dans le couloir. Derrière lui, Grimes couvrait l’escalier ; Wilkinson s’approcha du cadavre et s’empara de sa kalachnikov.
Le trio poursuivit son chemin, sans prêter attention aux douilles qui couvraient les marches. Les quelques néons encore en état de fonctionner diffusaient une faible lumière ; à mesure qu’ils avançaient, l’obscurité envahissait cette cage d’escalier. Mais ils devinaient sans peine leur chemin, et la pénombre peinait à leur dissimuler les traces de la violente fusillade. Des impacts de balles tapissaient les murs, comme un nouveau papier peint auquel s’ajoutait quelques arabesques sanglantes. Ils enjambèrent des cadavres, soldats sud et nord-coréens, frères ennemis unis dans la mort.
Parfois, une explosion dans le lointain brisait ce silence pesant.
Une porte s’ouvrit à la volée ; un homme franchit la porte. Une kalachnikov se dessina dans l’entrebâillement. Dean lâcha une rafale de trois balles qui se logèrent dans la poitrine de l’intrus. Il s’affala sur le palier dans un râle.

Citation :

Dean et son équipe franchirent plusieurs portes avant de déboucher sur une large pièce, sans doute le bar de l’hôtel au vu du comptoir et des tables rondes. Les Nord-Coréens l’avaient transformé en hôpital de campagne. Des brancards s’entassaient sur le sol ; infirmiers et médecins se pressaient près des blessés, leur administraient les premiers soins. Certains étaient emmenés d’urgence pour des opérations chirurgicales. Dans un coin, les sacs mortuaires s’empilaient par dizaines. L’odeur de chlore, de sang ; les gémissements des blessés emplissaient l’atmosphère, la rendaient presque irrespirable.
Les opérateurs Delta investirent la pièce, à la recherche d’armes. Ils n’interrompirent pas le travail des infirmiers, et les blessés ne le prêtèrent même pas attention. Ils se contentèrent de surveiller la zone, de désarmer les quelques officiers et soldats encore en état de se battre.
Dean marcha au milieu des blessés et des morts, s’avança jusqu’à l’antenne médicale. Un médecin sortit d’une salle d’opération improvisée. Une femme. Elle retira sa blouse tachée de sang, puis ses gants devenues rouges. Les yeux écarquillés, Dean s’arrêta, et son regard s’attarda sur le moindre détail de son visage, sur les yeux verts de la jeune femme. Epuisée, les yeux cernés, elle s’assit sur une chaise, un verre d’eau à la main. Dean fit quelques pas dans sa direction. Il frissonna, trembla sans même qu’il ne se rende compte ; son cœur bondit dans sa poitrine, et sa gorge sèche se rappela à lui, aussi vive et brûlante que le sable du désert. Elle tourna son regard vers l’opérateur Delta, le regard dans le vague.
- Sujin, murmura-t-il.

 
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Un extrait de Bikaf ! (un peu tronqué pour tenir ici)
Chahine, le narrateur, est un rescapé du massacre de Chatila. Recueilli par son oncle Jawad, il passe son enfance et son adolescence en Égypte.
Citation :


Les adultes ont tendance à prendre les enfants pour de gentils idiots qui ne comprennent rien à ce qui se passe autour d’eux.
Ils se trompent.
Si je ne savais pas lire les affiches dans les rues, si les noms de Yasser Arafat ou Bashir Gamayel ne me disaient rien, j’avais tout à fait compris du haut de mes quatre ans que ma famille avait été massacrée et avec elle, plusieurs centaines d’autres victimes.
Le sujet n’en était pas moins tabou. Jawad tenait à faire comme si rien de tout cela n’était arrivé. Durant dix ans, j’ai obtempéré et fait semblant d’oublier, fait semblant d’être un gentil idiot pour qui le passé n’existait pas, pas plus que les drames.
Et puis, j’ai commencé à avoir du poil au menton et le dixième anniversaire du massacre de Chatila a ravivé tous mes souvenirs. Il a ravivé ces pans entiers de l’histoire que j’ignorais, leur absence insupportable. Qu’était devenue Feryel ? Et mon père ? Et ma mère, où avait-elle été enterrée ?
J’ai rendu Jawad fou furieux en lui posant ces questions.
Mais je voulais savoir. Je n’étais plus un petit enfant, j’étais presque un homme. J’avais le droit de savoir ce qu’il avait tu jusque-là. En réponse, il m’a envoyé deux claques. La deuxième m’a jeté à terre. [...]
Je ne lui ai plus jamais posé de question, mais j’ai continué à mener ma petite enquête auprès des anciens réfugiés du bidonville.
J’ai mis deux ans à obtenir les réponses que je cherchais.
Elles sont sorties de la bouche d’un jeune ouvrier à la sortie des ateliers. Je ne sais ce que je lui avais fait pour qu’il m’assène la vérité avec autant de cruauté. Peut-être détestait-il les Palestiniens. Ou bien était-il simplement jaloux de mon amitié avec Ali ?
« Ton père, il est mort comme un chien, attaché à l’arrière d’une voiture ! »
Je ne me suis pas demandé d’où lui venait cette idée, s’il l’avait inventée ou pas. J’ai foncé dans le tas et j’ai réfléchi après. Je ne suis pas bagarreur, pourtant. Rapport à mon handicap sans doute, j’évite les confrontations musclées. À vrai dire, je n’ai jamais trouvé grand monde à vouloir me cogner dessus. Je n’avais pas même droit à cet honneur. Les petites frappes, nombreuses dans le bidonville, se contentaient de se moquer si elles décidaient de s’en prendre à moi.
J’ai très vite eu le dessous.
L’autre était plus grand, plus musclé, plus aguerri dans ce type de bataille.
Je suis rentré défait à la maison, les vêtements déchirés. Pour la peine, Jawad m’a infligé une seconde trempe. La pire que je n’ai jamais reçue de sa part. Je me souviens d’être tombé à terre, de m’être recroquevillé contre le mur et d’avoir attendu qu’il se fatigue de lever le bras et sa ceinture contre moi.
Le soir même il m’a confirmé la façon dont était mort mon père, m’a appris qu’il avait été enterré, avec ma mère, dans une fosse commune et que personne ne savait ce qu’il était arrivé à ma petite sœur. J’ai terminé ma crise d’adolescence ce jour-là. J’ai hurlé à mon oncle que je le détestais ; Ali m’a fait part de sa volonté de partir en France et j’ai décidé de le suivre dès que possible.
J’avais seize ans. Joyeux anniversaire.

 

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