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 [Interview] Demitour, auteur d'Arsouille mental(e)

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Le_conteur
   
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Le_conteur  /  Roberto Bel-Agneau


Je vous propose cette interview de Demitour en l'honneur de son projet édité:
Arsouille Mental(e)

1) Le projet : Arsouille mental(e).
Parle-nous de la genèse de ce projet. Comment t’es venu l’idée ?


Autant le dire tout de suite, cette idée n’est pas la mienne. Je suis membre, entre autre, d’un très important forum, le Repaire des Motards, qui est également un site très complet. Au hasard des discussions, l’idée de créer un recueil de nouvelles «motardes» a lentement germé entre des membres du forum au printemps 2009 si mes souvenirs sont bons, et un appel à texte a été lancé. Hélas, bien peu de personnes ont répondu présent et le projet est tombé à l’eau. Le deuxième texte du recueil, Rebel(les), date de cette époque; je me suis juste contenté de retravailler un peu la forme.
Parallèlement, et ainsi que c’est expliqué sur le quatrième de couverture, j’ai toujours été le préposé au compte-rendu lors des balades. A force d’en écrire, j’ai réalisé qu’il ne fallait pas se contenter de raconter mais de faire vivre la balade à ceux qui n’avaient pas pu venir. J’ai donc travaillé là-dessus et, de fil en aiguille, j’en suis arrivé à écrire de véritables histoires. A ce qu’en disent les lecteurs, le meilleur de mes comptes rendus est raconté par un personnage fictif, complètement loufoque, qui se pose des questions sur le comportement des motards. Ce sont ces lecteurs, qui sont des amis puisqu’il s’agit d’un petit forum régional dont je suis l’administrateur, qui m’ont dit que je devrais me lancer dans l’écriture de «vrais» textes.
Enfin, en octobre 2010, des problèmes de santé sont apparus. Un an auparavant, des problèmes aux lombaires m’avaient déjà éloigné de la pratique de la moto, mais cette fois, ça a été le coup de grâce. Pour résumer, une malformation osseuse au talon m’a bousillé le tendon d’Achille. Le traitement médical doit obéir à un protocole de 6 mois avant d’envisager l’intervention chirurgicale, car celle-ci à un taux d’échec de 20%, et qui dit échec dit handicap à vie. J’ai finalement été opéré en mai dernier et je suis en convalescence à l'heure où j'écris. Etant donné que la pratique de la moto m’est impossible depuis, je me suis résolu la mort dans l’âme à vendre ma Yamaha début 2011. Cela a été une véritable déchirure; non pas la vente en soi mais le fait qu’à travers elle, je faisais une croix sur une passion et plus largement sur tout un pan de ma vie.
Tous ces éléments, combinés les uns aux autres, sont à l’origine de mes textes. L’explication du côté noir, pessimiste du recueil n’est pas à aller chercher ailleurs : lors de son écriture, je traversais une période sombre, pleine de doutes tant personnels, financiers, que professionnels.

Le titre ?

Arsouille Mental(e).
J’ai mis plusieurs jours à trouver celui-ci. Je ne me souviens plus des autres, mais si je les ai écartés, c’est qu’ils étaient sans doute trop banals.
Je voulais un titre qui frappe l’esprit, et quand je l’ai trouvé, je l’ai tout de suite aimé, ne me demandez pas pourquoi.
L’idée m’est venue en sortant d’un hypermarché. Alors que j’arrivais sur le parking, j’ai aperçu deux motards s’amusant à accélérer, puis se taquiner l’un l’autre, d’où l’idée de l’arsouille. Comme ils étaient coincés sur ce parking, je me suis dit qu’ils allaient faire ça «dans leur tête», et ça a été comme un flash. Je me souviens que j’ai souri en disant à ma femme: «Arsouille Mentale, c’est sympa, non, comme titre?». Elle a adoré, sans doute parce qu’elle est également motarde.
Quelques jours plus tard, j’ai appris le double sens du mot arsouille, ce qui explique le «E» entre parenthèses. Au singulier, arsouille désigne une personne peu fréquentable, un voyou, alors qu’au féminin, cela renvoie aux petites courses improvisées et amicales auxquelles se livrent (parfois) les motards lors des balades.
J’ai donc choisi ce titre qui, alors que je ne m’en étais même pas rendu compte au début, souligne le côté torturé de mes personnages.
Qui plus est, je ne voulais pas d’un titre s’adressant uniquement aux motards (voir plus loin dans l’interview).

Un recueil de nouvelles ? Pourquoi pas un roman ?

Une partie de l’explication se trouve un peu plus haut, lorsque je parle de la genèse du recueil. Pour la compléter, je dirais que le format « nouvelle » me convient mieux. Il s’agit d’un style à part, qui doit être court par définition, et j’ai besoin de ce cadre pour écrire. Les rares fois où je me suis essayé au roman, je me suis égaré. Dans l’histoire tout d’abord, puisque de plus en plus de détails venaient se greffer dessus ; dans les personnages ensuite, qui m’emportaient littéralement et, du coup, perdaient de leur force, de leur personnalité, voire de leur cohérence. Les contraintes d’écriture d’une nouvelle me permettent donc (en fait m’obligent) à me concentrer sur l’histoire et non pas sur tout ce qu’il y a autour.
Ensuite, la nouvelle me permet d’explorer divers thèmes, avec différents styles, ce que je trouve plus distrayant pour le lecteur. A mes yeux, un recueil ne s’aborde pas de la même manière qu’un roman, car le premier permet aux lecteurs plus de liberté dans sa lecture. Rien ne l’empêche, en effet, de lire un des textes au hasard, puis de laisser le livre sans l’ouvrir pendant plusieurs semaines, pour le prendre à nouveau quand l’envie lui revient. Ce qui, bien évidemment, n’est que très peu envisageable avec un roman.

Le thème de la moto, pourquoi s’y limiter ?

La principale raison vient du fait que ces textes ont été écrits lorsque j’ai réalisé que j’allais devoir renoncer à cette passion, et cela m’a permis de garder un pied dans le monde motard, au moins par l’esprit puisque le physique en était désormais incapable. De plus, c’est un univers que je connais, et même si mes nouvelles sont des fictions, je ne peux pas écrire sans une solide base vécue, car je recherche avant tout l’authenticité dans mes textes pour que le lecteur, justement, puisse complètement s’immerger dedans.
Cependant, la moto n’est pas le thème principal de ce recueil, elle n’est qu’un élément commun aux trois textes. Dans le premier, elle est ce qui a fait basculer une vie; dans le deuxième, texte d'anticipation, elle incarne un passé révolu; dans le dernier enfin, elle est celle qui permet que le malheur arrive.
Cet ouvrage ne s’adresse pas uniquement aux motards, mais à tous, et nul besoin d'être initié au monde de la moto ou au vocabulaire motard pour les comprendre. De même, ne cherchez pas dans ces textes des sessions sur circuit, de délires mécaniques, d'arsouilles viriles et j'en passe : il n’y en a pas. Ces textes parlent avant tout de personnes, d'êtres humains, de gens comme vous, comme moi, comme il y en a des milliers d'autres. Leur point commun: ils sont motards, l'ont été ou s'interrogent sur ce que c'était du temps où l'on pouvait encore l'être, et la moto joue un rôle dans leur vie.

L’état actuel du projet : Editeur? Date de sortie?

Le livre est publié aux Editions Kirographaires. La date de sortie prévue était le 23 novembre; les premiers exemplaires sont arrivés chez l’éditeur le 24, donc autant dire que le timing a été respecté.
Il est désormais possible de les commander directement sur son site, et non plus en pré-commande. Pour des sites comme Amazon, il va falloir attendre un peu, mais le référencement est déjà effectif.

Lien vers l’éditeur: http://www.edkiro.fr/
Lien vers la page de commande du livre (éditeur):[url= http://www.edkiro.fr/arsouille-mental-e.html[/url]

Parle nous de tes initiatives (ou/et celle de ton éditeur) afin d’assurer ta promotion.

Mon éditeur s’est doté il y a peu d’un Pôle-Promotion. Il s’agit d’une équipe qui, comme son nom l’indique, assure la promotion de l’ouvrage, et cela au niveau tant régional que national. Afin de les aider dans cette tâche, j’ai reçu un formulaire à remplir pour leur faire part de mes propres connaissances (comme par exemple des idées de lieux insolites de dédicaces, ou bien si je connais personnellement des libraires, etc). Pour être honnête, à l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai toujours pas renvoyé ce formulaire.
A côté de cela, je me suis vu attribué une «chargée de promotion», qui est donc une personne avec laquelle je travaille et qui suit mon ouvrage.
La date de sortie de ce livre n’est pas anodine, puisqu’elle s’est faite une semaine avant le Salon de la Moto de Paris, ex-Mondial du Deux-Roues. Nous comptions profiter de son impact médiatique comme d’un tremplin promotionnel. Hélas, il y a quelques jours que nous avons appris que les ventes sont interdites sur ce salon, et que seules la presse et la bande dessinée ne sont pas concernées par cette interdiction. Une histoire de dingue…
Enfin, à cause de ma convalescence, j’ai beaucoup de temps libre. Je m'occupe moi-même de la prise de contact avec certains acteurs incontournables du monde motard. Je parle des magazines nationaux, mais aussi d’équipementiers, etc. En tant qu’auteur, et sans doute aussi parce que j’ai toujours travaillé en relation avec le public, je trouve très important de donner une attention particulière aux personnes que je contacte ainsi qu’à mes lecteurs. J’agis un peu de mon propre chef, mais je suis en relation permanente avec ma chargée de promotion.
De son côté, je dois dire qu’elle est toujours présente quand j’ai besoin d’elle (nous communiquons par courriel) et me conseille. Elle assure également le côté «logistique» de la promotion :envoi des exemplaires à la presse, organisation des dédicaces, etc.

En ce qui concerne la promotion en elle-même, deux axes ont été privilégiés: la presse motarde et ma présence sur le terrain.
Les magazines concernés vont recevoir sous peu des exemplaires du recueil et seront «invités» à en parler (il est possible qu’à l’heure où vous lisez ces lignes, cela soit fait). Ils sont peu nombreux, contrairement à la presse classique, mais ont beaucoup de lecteurs. Les grands sites internet ont également été contactés.
Enfin, Libramoto, une librairie de Paris unique en France car spécialisée dans tout ce qui est en rapport avec la moto et le monde motard, a accepté de vendre mon ouvrage. Nous envisageons déjà une séance de dédicaces, si possible avant les fêtes de fin d’année.
Quant à ma présence sur le terrain, elle va essentiellement se résumer à des séances de dédicaces, mais pas uniquement lors de salons littéraires, car les concentrations, les salons de la moto (comme les deux de la région lyonnaise au printemps 2012) et autres braderies motardes sont autant d’occasions à ne pas rater et sur lesquelles nous nous renseignons déjà. Ensuite, il faudra élargir le lectorat aux non-motards, mais pas avant que ce premier socle soit constitué.

Estimes-tu que nous (membre du forum JE) puissions t’aider d’une quelconque manière?

La première réponse qui me vient à l’esprit est, bien évidemment, d’aider à la diffusion de ce recueil, avec le partage de liens par exemple, ou de le faire connaitre auprès de motards; je suppose qu’à peu de chose près, nous en connaissons tous au moins un.
Mais le gros de l’aide serait des retours de lecture de la part de non-motards, pour que je sache comment ces histoires sont perçues. Les rares commentaires que j’ai eus jusqu’à maintenant viennent soit d’amis (dont les avis, même s’ils se veulent impartiaux, sont souvent biaisés par le fait que nous nous connaissons), soit de motards qui, eux, voient avant tout le côté «motardesque» de mes nouvelles.
J’ai conscience que mon style n’est pas parfait, que mes textes peuvent être améliorés, et j’espère que mes prochains écrits auront évolué dans le bon sens.


2) L’écriture :
Parle-nous de ton organisation d’auteur. Quelle est ta façon d’écrire ?


En voilà une bonne question...
La seule chose dont je suis sûr est que tant que l’inspiration n’est pas là, il est inutile que je m’installe devant mon ordinateur, et cela même si j’ai une idée ou un thème qui me trotte depuis quelques jours dans la tête. Qui plus est, je ne m’impose rien, et surtout pas de rendement. Si l’envie me prend d’écrire, j’écris, et quand elle me quitte, j’arrête, c’est aussi simple que cela. Je n’arrive pas à me faire violence, et j’ai remarqué que le résultat a été plus que médiocre les rares fois où j’ai essayé.
Par contre, quand l’envie est là, il m’arrive de passer plusieurs heures d’affilée sans pouvoir décrocher de mon clavier.
Ainsi, Rebel(les), qui est un texte d’une cinquantaine de pages, a été écrit pour ainsi dire d’un trait. Cela faisait quelques jours que mon esprit cogitait, et je me rappelle m’être réveillé en pleine nuit avec toute la base de la nouvelle. Mon réveil indiquait 3 heures du matin et je me suis fait violence pour ne pas me jeter sur mon clavier. Je travaillais en demi-journée à l’époque, et j’ai passé les deux après-midis suivants (ainsi que les nuits!) à écrire ce texte. Cela m’a épuisé, tant à cause de la somme de travail que du fait que j’étais dans un état proche de la transe. Le texte défilait littéralement dans mon esprit, je me contentais de le retranscrire sur mon pc. Et à quelques détails près, le processus a été le même pour les trois textes du recueil.

Pour parler de manière plus précise de l’écriture en elle-même, je dirais que je ne suis pas exigeant dès les premières lignes. J’ai un peu l’impression d’être un sportif qui a besoin de s’échauffer avant de fournir son effort. Je sais que les premiers paragraphes que j’écris sont souvent médiocres, surtout lorsqu’il s’agit du début de l’histoire mais, très rapidement, je trouve mes marques, souvent avant la fin de la première page d’ailleurs, et je retravaille ces paragraphes dans la foulée. Après, une fois que je suis lancé, je ne m’arrête plus.
Quand je bute sur un mot, je le saute, en laissant un espace vide dans le texte avec divers synonymes entre parenthèses, ou le sens du mot que je recherche. Cela me permet de ne pas mettre un frein à mon inspiration. Je travaille aussi beaucoup avec le dictionnaire des synonymes de mon traitement de texte, à la fois pour éviter les répétitions mais surtout pour trouver le bon mot, celui qui colle parfaitement au texte, à la situation, à la psychologie du personnage.
Une première relecture à chaud me permet de cerner certains problèmes, comme des répétitions, des flous, des tournures maladroites, que je m’empresse de corriger sur le champ ou, lorsque je n’y arrive pas, que je souligne pour revenir dessus à tête reposée. Ensuite, je laisse le texte mûrir. Cela signifie que je le mets de côté pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant de le corriger à nouveau. Je ne peux que conseiller cela à tous ceux qui écrivent: laisser mûrir le texte. La lecture qu’on a alors après ce «repos» est incroyablement critique et productive car toutes les erreurs, tant sur le fond que sur la forme, vous sautent à la figure. Je fais cela deux à trois fois pour chaque texte, jusqu’à ce qu’enfin, un beau jour, ils me conviennent parfaitement.
J’ai pour devise un vieil adage qui dit qu’un premier texte doit toujours être épuré d’au moins 20%. J’écrème donc, pour ainsi dire, à chaque relecture.

Pour finir, sachez que bien que je ne me lance dans l’écriture d’une nouvelle qu’une fois la base de celle-ci posée, j’arrive rarement à la fin que j’avais prévue, parce que mon inspiration évolue. Cela vient du fait que plus le récit avance, plus je m’immerge dedans, et sans doute le courant m’emporte-t-il. Ce qui rejoint mes propos sur les raisons que j’ai de ne pas me lancer dans l’écriture d’un roman. Mais qui sait, peut-être un jour atteindrai-je la maturité nécessaire.

A combien estimes-tu la somme de travail lié à chaque nouvelle (laquelle a été la plus dure à écrire, celle qui te plait le plus)? Des anecdotes ?

Il est évident que plus un texte est long, plus le travail à fournir est important, mais cela ne signifie pas qu’il est plus difficile à écrire.
Ainsi, le texte le plus court de mon recueil, «Maurice», s’il a été écrit en quelques heures (étalées sur différents jours, certes) m’a demandé énormément d’efforts car il se base dans la réalité. Il est le seul texte à vraiment pénétrer dans la psychologie du personnage, dans sa vie, son intimité. Je ne pouvais donc pas me permettre la moindre approximation, tant au niveau du personnage que de l’univers dans lequel il évolue.
J’ai le même souci d’exactitude pour tous mes textes, mais une fiction pure, comme par exemple «Rebel(les)», qui se passe dans un futur proche, permet plus de fantaisies.
Attention, je ne dis pas que créer un monde imaginaire est plus facile, mais le fait de chercher à ancrer un texte dans la réalité balise en quelque sorte l’écriture de ce texte.
Un des meilleurs compliments qui m’a été fait pour ce texte vient d’un ami gendarme, qui a été surpris de voir que, lorsque je parle d’un pistolet, je fais la distinction entre la gâchette et la détente, et que je vais même jusqu’à parler d’un doigt posé sur le pontet pour éviter que le coup parte.
Je pense que c’est ce genre de détail qui permet l’immersion du lecteur, et du coup, son plaisir de lecture. Attention cependant de ne pas sombrer dans le trop technique ou les descriptions inutiles.

As-tu bénéficié d’une aide quelconque lors de l’écriture (ami,etc)?

Lors de l’écriture en soi, non. Physiquement parlant, j’étais bloqué chez moi, ce qui explique pourquoi je suis resté dans mon cocon, et cela malgré les conditions phénoménales d’échange permises par internet
Par contre, j’ai toujours eu un petit noyau d’amis qui m’ont soutenu (mon épouse en premier) car ils croyaient en moi. Ces textes leur étaient avant tout destinés.


3) La finalisation du projet:
Explique-nous ton organisation pour la relecture. Le forum JE a-t-il joué un rôle important?


Autant le dire tout de suite, le forum n’a joué aucun rôle pour la simple et bonne raison que les textes étaient déjà écrits et publiés depuis peu en autoédition. Soit dit en passant, j’avais posté deux de ces textes sur le forum qui, s’ils ont été lus, n’ont été que vraiment très peu commentés, voire pas du tout. J’ai du coup eu un doute sur leur qualité et, surtout, sur leur intérêt. Mais la machine était lancée: le recueil existait en autoédition et je venais d’envoyer mon manuscrit à divers éditeurs.
Pour la relecture, j’ai déjà expliqué une bonne partie de mon organisation. J’ai fait le gros du travail en étant le plus critique possible, et surtout sans baisser les bras, quitte à laisser un problème de côté pour y revenir quelques jours plus tard, à tête reposée, et en l’abordant sous un autre angle.
J’ai eu quelques retours de la part de mes premiers lecteurs, à savoir des membres du forum que j’administre, qui se sont contentés de me donner leurs avis, leurs impressions, leurs joies et déceptions, mais cela n’est pas allé plus loin. D’un autre côté, c’est déjà pas mal!

Donne-nous une estimation de temps sur cette période. Cela a-t-il été difficile ?

Hormis «Rebel(les)» qui a été écrit bien avant, les deux autres textes l’ont été entre décembre 2010 et février 2011 ; le recueil est paru courant mars en auto-édition. Je pense que cela répond à la question.
Maintenant, je ne saurais être plus précis car je ne me rappelle plus trop. Par contre, je me souviens très bien que le plus difficile n’a pas été d’essuyer les premières critiques mais de laisser les textes de côté pendant quelques temps.

Peux-tu nous parler de la couverture?

La PAO de mon éditeur m’a contacté quelques jours après la signature du contrat pour savoir si j’avais une idée ou un souhait pour la couverture. La réponse était non, mais je voulais que l’image saute aux yeux, que le livre ne passe pas inaperçu quand il est posé sur un table ou présenté de face et que, bien évidemment, un clin d’œil soit adressé aux motards.
Le lendemain, j’ai reçu une proposition: une couverture blanche, avec un casque «ombré » (donc comme celui de la version finale) en gros plan. Le titre avait déjà sa forme définitive, il a juste été déplacé pour un peu plus de lisibilité. Mais il y avait un gros hic: le casque présenté était un casque de cross, et non pas de route. La PAO n’avait pas d’illustration correspondante en stock et m’a dit qu’elle se pencherait sur le problème dans quelques jours. J’étais pressé (ou plutôt impatient), j’avais du temps libre, je me suis donc lancé sur le net à la recherche du Saint-Graal. Je n’ai rien trouvé! L’idée m’est alors venue de choisir la photo de profil d’un casque et de le noircir. C’est ainsi que, exclusivité JE, le casque de Valentino Rossi se retrouve sur ma couverture.
J’ai ensuite envoyé cette photo modifiée à la PAO, qui m’a fait des propositions, là aussi, dès le lendemain, après avoir retravaillé la texture du casque. A la deuxième modification, la couverture avait pour ainsi dire atteint son aspect définitif. Ce n’est qu’après l’avoir validée que j’ai eu l’idée des gouttes de sang, pour souligner le côté violent de certains textes. La PAO a accepté sans problème, donc un grand merci à elle, car cela montre un réel intérêt pour le travail de l’auteur.


4) Pré-édition :
Un fois ton projet finalisé, vers combien d’éditeur l’as-tu envoyé? Combien de réponses (avec leurs délais) as-tu reçu?


Je ne me rappelle plus combien d’éditeurs j’ai contactés, mais cela doit bien approcher la vingtaine, voire plus. Un critère important à mes yeux: l’envoi du manuscrit par courriel, car j’étais bloqué chez moi à cause de ma cheville, que j’habite un petit village et que je n’avais pas de budget à consacrer à l’envoi de mes manuscrits (d’autant plus que je ne croyais pas une seconde décrocher un contrat). Soit dit en passant, je trouve ahurissant qu’à l’heure d’internet, certains éditeurs continuent à demander des manuscrits imprimés et reliés. Quel gâchis de temps, d’argent et surtout de papier. Qu’ils le fassent une fois le manuscrit sélectionné serait bien mieux.
Les premiers à me répondre ont été ceux proposant des contrats «participatifs», et cela dans les quinze jours qui ont suivi l’envoi du manuscrit. Je sais tout à fait ce qu’est ce genre de contrat, mais j’avais contacté ces éditeurs en ignorant ce qu’ils proposaient. Leurs propositions sont passées directement à la poubelle.
Pour les comptes d’éditeurs, je n’ai pas reçu énormément de réponse, cinq ou six tout au plus. Certains m’ont dit qu’un recueil de nouvelles ne les intéressait pas, d’autres que cela ne se vendait plus, etc. La pire réponse que j’ai eue est venue d’une très grosse maison d’édition qui s’est contentée de me répondre que, vu que je n’avais jamais été édité, mon manuscrit ne serait même pas lu. Quant à Flammarion, après l’envoi d’un synopsis comme cela m’a été demandé, j’attends toujours la réponse.

L’éditeur qui a hérité du "bébé" est "Kirographaires". Pourquoi ?

J’ai reçu deux propositions de contrat à compte d’éditeur.
La première est arrivée très vite, début mai pour être exact alors que l’envoi du manuscrit datait d’avril dans leur cas. Evidemment, je vous laisse deviner ma joie! Je n’ai pourtant pas signé tout de suite, à la fois pour voir si d’autres propositions n’allaient pas arriver et, surtout, car je voulais des avis sur ce contrat. Bien m’en a pris car il s’est avéré que, sans être malhonnête (il ne l’était pas du tout), il était trop succinct et pouvait être une source de litiges en cas de problème. Qui plus est, certaines clauses ne me plaisaient pas, comme le fait que l’auteur pouvait faire des propositions mais n’avait qu’un droit de regard sur le format ou la couverture choisis.
Les éditions Kirographaires m’ont contacté à ce moment-là. Le contrat était beaucoup plus professionnel, complet et précis. Je l’ai fait lire à une connaissance qui travaille, pour ainsi dire, dans les droits d’auteur, et après d’infimes modifications (je ne me rappelle même plus lesquelles d’ailleurs), j’ai signé.
J’ai donc choisi Kirographaires pour la clarté du contrat et aussi pour le fait que des bureaux allaient ouvrir sur Lyon, donc à quelques kilomètres de chez moi, ce qui me permettrait d’avoir des rapports «en chair et en os» avec l'éditeur et non pas simplement virtuels.
Et puis, pour un premier ouvrage, je n’allais pas non plus faire le difficile!

Comme je l’ai dit, le contrat est resté le même que celui d’origine à peu de chose près (et encore, les modifications ont surtout consisté à apporter des précisions sur certains points). On ne peut donc pas dire qu’il y a eu des négociations. Quant aux royalties, je ne les ai pas discutées non plus. Si ce livre rencontre le succès, il ne sera alors que le premier d’une longue série. Je serai alors plus en position de négocier.


5) L’édition :
Une fois ton projet accepté, les modifications ont-elles été importantes ?


C’est une phase que j’attendais avec appréhension. Qu’allait-on me demander ? Devrais-je retravailler mes textes, ne serait-ce que certains passages, en profondeur ? Et si je n’étais pas d’accord, comment cela se passerait-il ?
A ma grande joie, ma DO (directrice d’ouvrage) m’a informé que les modifications étaient mineures et concernaient surtout la mise en page, la syntaxe et quelques rares fautes d’orthographe. Le contenu du texte en lui-même est resté le même. Quelques tournures maladroites ont été modifiées, souvent avec l’aide de la DO car je butais dessus, ou bien purement supprimées quand elles n’apportaient rien au texte.
A titre d’exemple, la phrase «Il chasse les miettes de sur sa bedaine, pose l’assiette et le verre dans l’évier avant d’aller jusqu’au garage» est devenue «Il chasse les miettes de sa bedaine, pose l’assiette et le verre dans l’évier avant d’aller jusqu’au garage.»
De même, «Alors pour oublier la douleur, il s’est saoulé au point de complètement noyer toute cette semaine de sa vie dans un épais brouillard» s’est transformé en «Alors pour oublier la douleur, il s’est saoulé au point de noyer toute cette semaine de sa vie dans un épais brouillard».
Pour cette dernière modification, la DO avait écrit dans la marge: «Complètement» et «toute» mis ensemble chargent inutilement la note, il faudrait choisir l’un des deux.
Cette phase a duré trois jours, période pendant laquelle j’ai bien relu mes textes une demi-douzaine de fois. Je les ai détestés du coup!
Cela peut sembler rapide, mais il ne faut pas oublier que je n’avais que ça à faire.

La suite a consisté à la validation du travail d’édition: vérifier une dernière fois les fautes d’orthographe ou de syntaxe, la mise en page, etc. Je précise que je n’ai pas fait moi-même la correction du manuscrit, que mon rôle s’est limité à la validation. A noter tout de même qu’un manuscrit relativement «propre» m’avait été demandé dès le premier envoi.
Pour finir, les bon-à-tirer du manuscrit et de la couverture ont été signés (par courriel), et hop, c’était fini.


6) Des désillusions ou des espoirs?
Au vue de ta propre expérience, comment te sens-tu dans ton rôle d’auteur?


Pour l’instant, je suis dans l’expectative. Il me faudrait plus de recul, notamment sur le succès (ou non) de mon ouvrage et sur l’accueil qui va lui être réservé. La seule chose dont je suis sûr actuellement est qu’obtenir un contrat à compte d’éditeur m’a donné confiance en moi en tant qu’auteur. Je ne dis pas que tout ce que j’écris s’est amélioré mais simplement que j’aborde l’écriture, et donc le monde de l’édition, avec plus d’assurance.

Tes projets futurs?

Deux projets me tiennent à cœur et commencent à bouillonner dans ma tête: un autre tome de Arsouille Mental(e) et un recueil de nouvelles plus classiques, c’est-à-dire non destinées à un public en particulier.
Pour le second tome, quelques idées de nouvelles sont déjà bien posées, non pas sur papier mais dans mon esprit. Elles sont au nombre de trois pour l’instant, mais j’espère arriver au double.
Les textes pour l’autre recueil germent également à leur rythme. Un texte comme «Amertume», publié sur le forum, y aurait tout à fait sa place, et une autre nouvelle est en cours d’écriture.
Par contre, que ce soit pour l’un ou l’autre, plusieurs styles seront abordés: polar, thriller (voire horreur), mais aussi l’humain, des réflexions sur la société, etc.
Je l’ai dit au début de cette interview: pour moi, un recueil de nouvelles doit avant tout être un moment de distraction qui se lit comme on le souhaite, et y faire cohabiter différents styles ne peut qu’aller dans ce sens.

Face au téléchargement illégal sur le net?

Cela va peut-être surprendre, mais à mes yeux, le téléchargement illégal est un mal nécessaire. Internet est devenu un média incontournable, et surtout un formidable vecteur d’information et de connaissance qui permet à n’importe qui ou presque d’y avoir accès. Cela permet à la Culture de se répandre.
Des lois comme Hadopi sont une hérésie, pour la simple et bonne raison qu’elles tapent sur le petit «consommateur» et ne gênent en rien les vrais pirates qui trouvent toujours de nouvelles parades. Qui plus est, si la Culture ou l’Art étaient plus accessibles, et là je parle du point de vue financier, je suis persuadé que le piratage diminuerait.
Est-il normal, par exemple, qu’un cd affiché à 15€ sur des sites comme celui de la FNAC soit vendu moitié prix, frais de port inclus, dans des pays voisins? Qu’on ne dise pas que le piratage personnel nuit à l’industrie du disque ou du cinéma; c’est avant tout l’inaccessibilité qui fait des ravages. Pour s’en persuader, il n’y a qu’à voir le succès rencontré par les Journées du Patrimoine ou celles du Cinéma.

Face aux livres numériques ?

A ce qui se dit, le livre numérique, c’est l’avenir. Je ne sais pas quoi en penser, mais je ne suis pas sûr que le succès perdure. En ce qui me concerne, le plaisir de lecture n’est pas le même qu’avec un vrai livre qu’on tient entre nos mains. J’ai besoin de ce rapport matériel, pour ne pas dire charnel, avec le grain du papier, son odeur, le bruit des pages qu’on tourne. Le numérique n’offrira jamais ses sensations.

Parle-nous de tes goûts.

Je suis un fan de Stephen King et de Jean-Christophe Grangé.
King a ce pouvoir de prendre le réel pour en faire un délire, et bien souvent sans que le lecteur s’en rende compte. Il le prend par la main et arrive à le guider exactement là où il le souhaite. Actuellement, je lis «Duma Kay», un énorme pavé qui explore la folie d’un homme. Tout y est distillé touche par touche, un peu à la manière d’un peintre qui s’écarte de son œuvre pour y glisser un infime coup de pinceau à un endroit bien précis. L’univers du roman se crée ainsi et quelque part, c’est terrifiant, car il vous enveloppe sans que vous vous en rendiez compte.
Son style a énormément évolué au cours des décennies, et alors que certains trouvent qu’il l’a perdu, je pense qu’au contraire il s’est renforcé.
S’il y a un écrivain qui tend à être mon modèle, c’est lui.
Quant à Grangé, chacun de ses livres m’entraine, si je puis dire, dans son récit, tant par l’originalité des histoires que par le fait qu’elles semblent terriblement plausibles. Qui plus est, le lecteur navigue toujours entre réalité et irrationnel, voire ésotérisme, ce qui montre une grande maitrise de sa part.
J’adore.

Que penses-tu de l’autoédition? Quelques désillusions?

C’est à la fois une bonne et une mauvaise chose.
La bonne est qu’elle permet de s’affranchir des circuits de l’édition classique et de ses contraintes, et tout un chacun peut créer sa propre œuvre, tenir en main le résultat de ses efforts.
La mauvaise est que, justement, tous ceux qui y ont recours n’ont pas le talent nécessaire à l’écriture d’un livre, mais bien peu le reconnaissent. Et c’est dommage car cela nuit gravement à la réputation de l’autoédition, à sa qualité, alors que je suis persuadé qu’elle contient de véritables chefs-d’œuvre.
Ma grande désillusion a justement été cette réputation. Un simple chiffre: sans plus communiquer, depuis l’annonce de sa disponibilité, j’ai vendu à ce jour autant d’exemplaires de mon recueil actuel que celui autoédité… en cinq fois moins de temps.


7) La moto:
Nous sommes nombreux à vouer un "culte" souvent pas très raisonnable à cette machine infernale. Tu as choisi d’écrire dans ce contexte, peux-tu nous dire pourquoi ?


Je l’ai expliqué un peu plus haut: ce recueil m’a permis de garder un pied dans le monde motard. Sans parler d’exutoire, il a peut-être été une bouée, ou une balise de détresse, au choix. Le style tour-à-tour sombre et pessimiste s’explique par mon état d’esprit d’alors. A cela s’ajoute que depuis quelques années, les motards n’ont pas spécialement bonne presse. Les politiques les stigmatisent et bien souvent les autres usagers de la route ne les comprennent pas. Peut-être que, sans le savoir ni m’en rendre compte, j’ai cherché à créer le contact entre deux communautés qui cohabitent sans s'intéresser l'une à l'autre.
A l’instar de toute passion, la moto est un formidable outil de socialisation. Grâce à elle, j’ai rencontré des dizaines de personnes auxquelles je n’aurais même pas adressé la parole. Et quoi qu’on en dise, elle exerce toujours une certaine fascination sur les non-motards, petits ou grands. Quelle joie, quand on passe dans une rue ou qu’on double une voiture, de voir un gosse nous faire le fameux V pour nous saluer.

As-tu eu des difficultés particulières ?

Dès le début, je me suis heurté à un gros problème: comment parler de motards sans que les non-motards se sentent largués, tout en faisant que les motards se reconnaissent dans le texte?
Un de mes personnages possède une Speed Triple. Tous les motards connaissent cette moto, mais ce sont bien les seuls. J’ai donc dû expliquer de quoi il s’agissait sans tomber dans la description trop basique.
Parallèlement, j’ai fait le choix d’éluder une grosse partie du jargon motard pour une meilleure compréhension du texte par tous, et de jouer par exemple sur les sensations que seule la conduite d’une moto procure. J’ai également glissé nombre de clins d’œil et d’anecdotes tout au long des textes, comme la guêpe qui se glisse sous la mentonnière du casque quand on roule à la campagne, ou bien le bruit caractéristique des pots d’un bicylindre par rapport à un « 4-pattes ». Un motard l’a forcément vécu, et un non-motard l’imaginera sans problème.
J’espère avoir réussi ce pari, l’avenir le dira.

Concernant ta vie privée, dis-nous deux mots sur ta propre machine et ton accident ?

Ma moto? Je l’ai vendue courant avril. C’était une Yamaha, mais un modèle très rare puisque uniquement fabriqué en Europe, et pour le marché européen. Son identification, ou plutôt son pédigrée : BT1100 Bulldog. Une hybride: un moteur de custom dans un cadre de roadster (là, déjà, bon nombre de lecteurs sont largués!), avec ce qu’il faut bien appeler une gueule d’enfer.
C’est elle qui a fait découvrir la moto à mon épouse, alors passagère pour la première fois de sa vie. Dessus, elle s’est sentie en sécurité grâce à son gabarit rassurant, à tel point que moins d’un an après sa première balade en duo, elle a décidé que ce serait plus sympa pour elle d’avoir sa propre machine.
Cette moto a été mon seul véhicule pendant trois ans et un peu plus de 40 000 kms. Rien ne m’arrêtait à son guidon, à part peut-être la neige, et encore.
Je ne suis pas un mordu de vitesse, et la pratique de la moto se résume avant tout pour moi à de belles balades, le nez au vent à regarder le paysage (et la route, hein, quand même), à profiter de la mécanique. J’habite à côté de Lyon, et cette ville présente un atout énorme pour un motard: quelle que soit la direction prise, de magnifiques paysages avec de non moins magnifiques routes seront au rendez-vous à moins d’une heure: Le Jura, les Alpes et le Vercors à l’est, la vallée du Rhône au sud, le Massif central à l’ouest, les vallons de la Bourgogne au nord.

J’ai eu deux accidents. Je ne parle pas de petites chutes à l’arrêt suite à un mauvais béquillage par exemple, mais de «vrais» accidents, avec l’intervention des pompiers et tout ce qui va avec.
Le premier s’est produit le 24 décembre 2004, à six heures du matin, donc autant dire en pleine nuit, sur une route de campagne que j’emprunte pour aller travailler. Une voiture m’a envoyé dans le décor avant de prendre la fuite et de m’abandonner, blessé, au milieu de la chaussée. Le conducteur n’a jamais été retrouvé, bien que le seul témoin de l’accident l'ait pris en chasse. Les blessures physiques ont pour ainsi dire toutes guéri. Malgré mon équipement, je garde de légères traces de brûlure à une jambe, dues au frottement contre le goudron car elle est restée coincée sous la moto sur plusieurs mètres, ainsi que des douleurs entre les omoplates, là où des ligaments ont été déchirés et, surtout, où trois de mes vertèbres se sont vu arracher des morceaux d’os. A l’hôpital, le médecin urgentiste m’a expliqué que j’avais eu beaucoup de chance car ces «échardes» osseuses étaient parties vers l’extérieur et non pas vers la moelle épinière.
Les blessures psychologiques ont mis beaucoup plus de temps à cicatriser. Imaginez-vous de nuit, sur une route de campagne, blessé, allongé en travers de la chaussée. J’ai passé les minutes qui ont suivi à me demander si la prochaine voiture allait m’écraser, si je survivrais (ou non), quelle serait la dernière image de ce monde que je garderais. Un pneu, le dessous d’un moteur?
J’ai fait ce qu’on appelle un stress post-traumatique, et une thérapie a été nécessaire pour que je remonte à la surface. J’en parle sans honte ni gêne pour la simple et bonne raison que c’est tout ce qu’il y a de plus humain et, surtout, que cela permettra peut-être d’aider quelqu’un dans le même cas.
Le deuxième accident remonte à l’hiver 2006. Beaucoup moins spectaculaire puisque j’ai glissé sur une plaque de verglas à 30m de chez moi. Chute immédiate, tête qui heurte le rebord du trottoir, éteignez la lumière, on ferme boutique!
Malgré cela, mon épouse a tenu à passer son permis…
Je pense que l’accident fait partie de la vie d’un motard. Sans dire qu’il s’agit d’une initiation, c’est un élément accepté qui, peut-être, participe à la solidarité motarde. Une fois en selle, nous sommes tous égaux: aucune carrosserie ne nous protège, aucun système d’assistance ne nous remplace ou ne nous aide en cas de problème.

La pratique de la moto et ces deux accidents ont changé ma vision de notre société. Cela peut paraître étrange, je sais. Je pense que la route, c’est-à-dire le comportement de ses usagers, est un formidable miroir de notre société, et il suffit de rester quelques minutes sur un boulevard encombré pour comprendre que quelque chose ne tourne pas rond.
Je suis devenu beaucoup plus observateur, dans tous les sens du terme, et j’ai appris à prendre du recul. Quelque part, c’est peut-être aussi cela qui, sans me pousser à écrire, a été une source d’inspiration pour mes textes, ce qui expliquerait le côté torturé de mes personnages.

Quelques petites questions plus axées sur le forum JE:
Tu t’es inscrit le 27/03/2011. Peux-tu nous refaire une rapide présentation (avec mise à jour depuis ton inscription).


Bon, vu qu’il est écrit en gros sur la couverture, je peux vous donner mon prénom : David.
J’ai 38 ans et je vis dans un petit village de l’ouest lyonnais, qui est surnommé le pays de la cerise à cause des nombreux vergers qui tapissent les collines environnantes.
L’écriture n’est pour moi qu’un passe-temps; peut-être cela évoluera-t-il, mais pour l’instant mes passions sont la moto, la pêche à la carpe, le cinéma et les voyages loin, très loin. Bon, pas forcément dans cet ordre, mais tout est là.
Je crois que dès le collège, j’ai eu envie d’écrire, mais je ne me suis jamais lancé dans rien de concret, peut-être parce que je n’ai jamais apprécié la littérature qu’on nous force à étudier à l’école. Comme je l’ai expliqué, mes premiers écrits sont apparus il y a quelques années sur des forums motards et étaient des comptes rendus qui se sont petit à petit transformés en fictions.
Je suis fan de Queen depuis le milieu des années 80, et mes références actuelles sont Muse et Chris Rea. Je suis ouvert à tous les styles de musiques du moment qu’il y a de vrais instruments, mais ma préférence va au rock (en fait, à tout ce qui gravite autour) des années 70.
Enfin, ce qui a changé depuis mon inscription sur le forum? J’ai 1 cm d’os en moins au talon et un tendon d’Achille refait à neuf.

8 ) Dis nous ce que tu penses du forum JE, ses points forts/faibles:

C’est un bon forum, avec de la vie, des membres dynamiques et un réel potentiel. Si j’avais un reproche à lui faire, ce serait (parfois) le manque de détachement de certains chez qui ont un côté scolaire très présent. On sent leur réflexion, leur manière de pensée encore formatée par l’école. Je ne parle pas de manque de personnalité, mais on dirait qu’ils se cherchent, que leur développement est en cours, qu’ils n’en sont qu’au stade de la chrysalide. Cela ne me gênerait pas en soi si ces personnes ne croyaient pas détenir La vérité.
Attention, je ne dis pas qu’ils baissent le niveau du forum, mais je pense que cela peut rebuter certains à s’inscrire ou à participer.

9) Une idée qui te tiendrait à cœur afin de l’améliorer:

A mes yeux, il y a trop de membres venant simplement pour poster leurs écrits, avoir un avis, puis qui disparaissent. Je suis étonné, à chaque fois que je viens, de voir de nouveaux inscrits qui, à peine leur présentation terminée, et avant même que quelqu’un ait répondu, postent leurs textes. Je trouve cela dommage car cela ne me donne pas envie de commenter, pour la simple et bonne raison que j’ai l’impression qu’on se paye ma tête.
Je n’ai aucune solution à proposer. Peut-être faudrait-il imposer un genre de quarantaine, mettre en place un système pour que les nouveaux ne puissent pas poster leurs écrits d’entrée de jeu et aient acquis une certaine ancienneté pour pouvoir le faire. Cela les inciterait peut-être à participer au forum, à s’y intégrer, se faire connaitre et, in fine, à recueillir plus de commentaires.

10) Un petit mot pour les nouveaux membres du forum ?

N’ayez pas peur de participer, mais le forum, s’il est là pour vous aider, n’a pas pour rôle de suppléer vos propres insuffisances. Je dirais qu’avant de proposer un texte à la vindicte populaire, il faut que le lecteur sente que l’auteur a travaillé dessus et ne s’est pas contenté du minimum syndical, en se disant qu’il verra bien ce qui ressort des critiques.
Et surtout, surtout, savoir accepter et analyser les critiques. Elles peuvent être blessantes parfois, mais c’est en faisant face et en travaillant dessus, en se remettant en question, qu’il est possible de progresser. Ecrivez avec votre cœur, vos tripes, mais pas votre tête: vos textes doivent être le reflet de votre personnalité, de vos inspirations, et non pas celui de ce que vous pensez que les autres attendent ou, pire, de ce qui «serait bien».

Un petit mot de plus ?(à toi de jouer)
L’expérience est la somme de nos échecs…




Dernière édition par Le_conteur le Mar 29 Nov 2011 - 10:04, édité 3 fois
 
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[Interview] Demitour, auteur d'Arsouille mental(e) Cparso11



Citation :

Site de l'éditeur: Arsouille-mental
Présent sur Amazon: Achat sur Amazone
 
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Merci à toi pour avoir pris le temps de mettre en place cette interview Cool
 
Mitsu
   
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Félicitations Demitour !

Très intéressant en tout cas, et je ne doute pas que ton recueil soit accessible à ceux qui ne baignent pas dans l’univers de la moto.
Surtout, donne nous des nouvelles : salons, séances de dédicaces, retours de lecteurs…

L’entretien sera publié dans quelques jours sur le site Smile


Dernière édition par Mitsu le Mar 29 Nov 2011 - 22:21, édité 1 fois
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Oui merci pour l'interview !
Personnellement, je doute qu'il puisse ou qu'il doive concerner tout le monde, ton recueil.
Parce qu'après tout, si les motards se reconnaissent la dedans, c'est déjà une belle victoire et il vaut mieux toucher beaucoup une communauté qu'effleurer vaguement la France entière.

Bon courage pour la suite !
 
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Lo.mel a écrit:
Oui merci pour l'interview !
Personnellement, je doute qu'il puisse ou qu'il doive concerner tout le monde, ton recueil.
Parce qu'après tout, si les motards se reconnaissent la dedans, c'est déjà une belle victoire et il vaut mieux toucher beaucoup une communauté qu'effleurer vaguement la France entière.

Bon courage pour la suite !

La "cible" première est en effet le monde motard, et comme tu le soulignes si bien, il vaut mieux etc etc.
Mais les textes sont écrits de manière à ce que les non-motards y trouvent également leur compte et ne se sentent pas largués.
Et puis la moto n'est qu'un élément de l'histoire, certes important, mais qui n'occulte pas le reste.


Mitsu (et Lo.mel) --> merci pour les encouragements!


Je vais me servir de cette page pour donner régulièrement des nouvelles (sans jeu de mot), et j'espère que les lecteurs apporteront leur pierre à l'édifice.
 
Le_conteur
   
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Salut Demitour

je te confirme la réception de tes 2 exemplaires (je poste le chèque demain matin). Merci pour la dédicace (très sympa, qui m'a fais bien plaisir).
Du coup, je vais dès ce soir 'livrer' un exemplaire à un pote qui l'attend de pied ferme (et hop, ma Yam' 1000 FZR est de la partie Smile , autant joindre l'utile à l'agréable).

Je démarre dès ce soir mon exemplaire (que du bonheur, et vive la moto)

17,45 Euros c'est juste la limite d'achat (plus, je pèse le pour et le contre)
- Qualité de la couverture (4èm de couv): Très bon, très pro, une grosse envie de dévorer les pages (ma femme me regarde déjà de travers et les enfants s'intérrogent: Arsouille?? c'est tiré de Joebarteam ?? lol )
- Qualité du papier (encre): Rien à dire, très pro.

Je vais prendre un réel plaisir à la lecture et je te remercie par avance pour ces nouvelles liées à notre passion commune

@micalement
et on reste en contact

PS: dès que mes potes auront fini la lecture, le deuxième exemplaire finira sa vie dans la médiatèque près de chez moi (gnark! les mortads auront le dernier mot!)

Le_conteur (Pascal)
 
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Tu m'as toujours plu, mon homonyme
 
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Merci pour les compliments!

J'espère que ces textes seront à la hauteur de tes attentes.
Pour ce qui est de la qualité, je le trouve bien également, mais mon avis n'est peut-être pas très impartial :mrgreen:

Sinon, saches pour ta gouverne que j'ai fait lire l'interview à ma chargée de promotion, et elle l'a trouvée très bien menée et très complète. Je t'adresse donc ses compliments Wink

Bosie a écrit:
Tu m'as toujours plu, mon homonyme

scratch Kékidi...?
 
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Cool interview et j'aime beaucoup la phrase de fin, comme la remarque sur le manque de recul de beaucoup.
 
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Très belle interview ! Ton extrait du concours en est tiré ? Si c'est le cas, et si le recueil est fait du même bois, alors il doit être vraiment bien ^^
 
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Revan a écrit:
Très belle interview ! Ton extrait du concours en est tiré ? Si c'est le cas, et si le recueil est fait du même bois, alors il doit être vraiment bien ^^

Merci! :head:

L'extrait du concours sur l'action en est bel et bien tiré. Il s'agit de la troisième et dernière nouvelle, "Prédation".
 
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Quelques nouvelles pour vous tenir au courant.

Un magazine motard vient d'informer mon éditeur qu'un article sur mon bouquin va figurer dans leur prochain numéro (deuxième quinzaine de janvier), suite à l'envoi d'un exemplaire au rédacteur de ce magazine. J'espère juste qu'ils en diront du bien lol!

Et lundi, rdv avec une journaliste d'un grand quotidien régional (lyonnais) pour une présentation de mon ouvrage, à voir si, ensuite, l'article sera publié...

Allez, on croise les doigts!
 
Le_conteur
   
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Bravo
tiens nous au courant dès la sortie du magazine. De mon coté, je continue la lecture (je te ferais un rapide bilan après les fêtes)

++
 
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Bon, quelques nouvelles (c'est le cas de le dire!), et surtout un résumé de "où j'en suis".

Je suis assez peu présent sur le forum car bien occupé ailleurs, et entre autre à la promotion de mon livre.
J'ai offert un exemplaire de mon recueil à la bibliothèque de mon village. Bien m'en a pris car l'année prochaine, en 2012 donc, cette structure va fêter ses 20 ans, et pour cela, va organiser de nombreuses manifestations, dont des rencontres entre les auteurs locaux et les lecteurs pour des séances de dédicaces, de lecture de textes, etc, ainsi qu'un (petit) salon du livre. Je devrais être l'invité d'honneur vu que, comme me l'a dit la responsable, plus local que moi, il n'y a pas (j'habite bien à 150m de la bibliothèque!).

Ensuite, c'est fait, une librairie spécialisée "motos & motards" m'a référencé dans son catalogue il y a une dizaine de jours (cliquez ici pour le site, et là pour voir le catalogue), et après démarchage de ma part, je viens d'être accepté par la librairie de mon village en dépôt-vente, ainsi que dans une Maison de la Presse dans la ville voisine. Bon, ce ne sont pas encore les grandes enseignes, mais c'est déjà ça! Very Happy

Qui plus est, suite à l'envoi d'un "service-presse", un des trois grands magazines motos nationaux (CLIC) va faire un article sur mon recueil dans son édition de janvier.
La cerise sur le gâteau? Lundi, j'ai eu la visite d'une correspondante locale d'un très grand quotidien régional, Le Progrès (de Lyon) pour la parution d'un article sur ce recueil. L'article a été finalisé ce matin et envoyé au journal, il doit paraître d'ici à quelques jours selon la place disponible car il avoisine le 1/3 de page. :woowoo:

Pour ceux qui se posent la question: j'ai préféré démarcher moi-même les deux distributeurs de presse pour faire jouer à fond la fibre "locale", et j'ai été très bien accueilli.
Pour ce qui est de la journaliste, je ne la connais pas personnellement mais, du temps où j'étais sapeur-pompier volontaire, nous nous sommes parfois croisés sur des interventions. Je me suis souvenu de son nom, donc j'ai tenté ma chance, et voilà.
Bon, rien n'est gagné, le chemin est encore long, très long, mais là, franchement, je suis content!
 

 [Interview] Demitour, auteur d'Arsouille mental(e)

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